Grand Sud : dans notre mémoire régionale (1)

28/8/2014

Publié le 15/04/2012 à 07:41  | La Dépêche du Midi |  Pierre Mathieu

Jacqueline Dieuzaide ouvre l'album de M.Jean


Jacqueline Dieuzaide 
/Photo DDM

Dès leur rencontre, en 1949, lors d'un mariage dans les Pyrénées, leurs rôles se sont dessiné. Catastrophé d'avoir pris des clichés en laissant l'obturateur sur son objectif, le jeune Dieuzaide, photographe officiel de la noce, fut rassuré par Jacqueline, l'amie de la mariée. La jeune fille, qui l'avait remarqué, sut lui dire à quel moment il avait refermé l'appareil…

Fille de commerçants tarbais (les Manuguet et leurs célèbres « Manuprix »), Jacqueline allait devenir, un an plus tard, au lendemain de leur propre mariage, l'assistante et archiviste en chef de l'un des plus grands photographes de la deuxième moitié du XXe siècle : Jean Dieuzaide. Devant les employés du studio du quartier Saint-Agne à Toulouse, villa aux plafonds gris dont chaque pièce, ou presque, fut transformée en labo-photo, elle l'appelait « Monsieur Jean ».

L'œuvre de Dieuzaide constitue un fonds documentaire unique, depuis le premier portrait officiel du général de Gaulle en libérateur de la France (le photographe s'était accroupi entre les cymbales et la grosse caisse de l'orchestre) jusqu'aux voyages ibériques et à l'aventure du Concorde en passant par les courses automobiles. Mais celui qui signa au début « Yan », son surnom d'enfance, pour ne pas faire honte à sa famille, a laissé des milliers d'images « devenues belles », de pures « Dieuzaide » qui le placent en compagnie des Doisneau, Boubat, Ronis et les autres qu'il a fait connaître aux Toulousains dans la galerie du Château d'Eau, une autre de ses créations.

Jean Dieuzaide en 2001./Photo DDM

« Faire une image »
« Question technique et astuces, il était le meilleur, affirme Jacqueline Dieuzaide, en ouvrant un album parmi les cent qu'elle a remplis, datés, classés et rangés, par années, et par thèmes… Lors de son travail sur l'art roman, par exemple, il arrosait le tympan des églises pour leur rendre du relief. »
Quand « La Dépêche » prend place sur l'échelle des pompiers de Toulouse pour photographier un mariage de funambules, Jean grimpe sur les épaules du père de la mariée, funambule lui-même, à quinze mètres du sol.

Reporter indépendant, ses clients sont Sud Aviation, les papiers Job, l'Onia (future AZF) et les promoteurs qui construisent les usines et immeubles des Trente Glorieuses. Mais la moindre commande éveille son regard, un impérieux désir de « faire une image ». Prise d'en haut, la photo de l'ensemble Auriacombe donne à voir des notes qui s'envolent. Dieuzaide se plaît autant dans l'herbe où s'allongent de jeunes filles de belle santé, qu'en haut des sommets : pris de nuit, l'observatoire du Pic du Midi fait le dos rond sous une pluie d'étoiles.


Le 22 mai 1954, le photographe toulousain Jean Dieuzaide (1921-2003) avait pris tous les risques, place du Capitole, pour immortaliser le mariage de deux funambules../Photo DR

Travailleur infatigable, il court tout le jour la région avec son appareil, « et tous les soirs, de 9 heures à 2 heures du matin, on classait », raconte Jacqueline… « Le dimanche ? Il couvrait les matches de rugby, et moi, enceinte, mon tricot sur les genoux, je transmettais les photos à Paris. »

« Je n'étais pas sa muse, résume-t-elle, j'essaie, non sans mal, de faire survivre sa mémoire. » La mémoire de Jacqueline, exceptionnelle, a nourri en partie un livre qui sort cette semaine : « Jean Dieuzaide, la photographie d'abord », de notre collègue de « La Dépêche du Midi » Jean-Marc Le Scouarnec. Quant à la donation de tout le fonds Dieuzaide à sa ville de Toulouse, pourtant voulue par la famille, elle est encore dans le flou...Qui n'était pas du goût de M.Jean.

Sa première biographie
Qui était vraiment Jean Dieuzaide, ce professionnel qui raconta en images 50 ans de la vie toulousaine, cet aviateur casse-cou qui mitraillait au Rolleiflex, ce bricoleur qui se fabriqua un appareil sous-marin ? Près de 10 ans après sa mort, Jean-Marc Le Scouarnec retrace sans retouches la vie et l'œuvre de «Yan», depuis la naissance à Grenade (Haute-Garonne) et la jeunesse à Bordeaux, les débuts salués des prix Niepce et Nadar, les reportages à l'étranger et la création de la galerie du Château d'eau. Amateur de beaux livres, Jean-Marc en a écrit un bon.Fouillé, complet, en somme: développé.


Journaliste à « La Dépêche du Midi », Jean-Marc Le Scouarnec retrace la vie du Toulousain Jean Dieuzaide (1921-2003) dans une biographie sous-titrée « La photographie d'abord » ./Photo DDM, X. de Fenoyl


Publié le 15/08/2014 à 08:08 | La Dépêche du Midi |  J.-M. L.S.

Photographie : Le Lieu Zaide ouvrira en 2015 à Toulouse


Jacqueline et Michel Dieuzaide dans l'actuelle maison-atelier de Jules-Julien./Photo DDM, Xavier de Fenoyl

Le fonds photographique Jean Dieuzaide (1921-2003) sera hébergé dans les murs de l'ancien conservatoire occitan, quartier Saint-Cyprien, à Toulouse. Ouverture dans un an.

Votée le 18 janvier 2008 par le conseil municipal de Toulouse, la délibération n° 30 sur la donation de la collection Jean Dieuzaide aura mis beaucoup de temps avant de devenir réalité. Pour cause d'alternance politique, il aura en effet fallu attendre plus de six ans pour qu'elle soit réactivée. Depuis l'élection de Jean-Luc Moudenc, en mai dernier, le projet est ressorti de la pile des projets en souffrance pour être pris en main par divers élus.

Avant l'été, Francis Grass, adjoint au maire en charge de la culture, a longuement rencontré Jacqueline Dieuzaide, la veuve du photographe, pour l'assurer de son soutien plein et entier. De son côté, Michel Dieuzaide, fils de cette dernière, s'est entretenu en juillet avec Catherine Blanc, conseillère municipale notamment affectée à la photographie. Sans qu'aucun planning précis n'ait encore été déterminé, ce rendez-vous a confirmé l'intérêt de la municipalité pour le Lieu Zaide, dont l'installation est maintenue tout près du musée de l'Affiche. Compte tenu des travaux envisagés (estimés à environ 500 000 € en 2008), une ouverture est probable dans un an, sans doute à la rentrée 2015.


Il y a 40 ans, Jean Dieuzaide créait le Château d'Eau /Photo DDM, archives, Michel Viala

Occupant deux niveaux d'un joli bâtiment de briques, donnant à la fois sur les allées Charles-de-Fitte et la place Saint-Cyprien, le Lieu Zaide bénéficiera d'un espace de 600 m2. Une salle d'exposition sera consacrée à la photographie humaniste (dont les plus célèbres représentants sont en France Robert Doisneau, Willy Ronis ou Sabine Weiss), celle qui assume son rôle documentaire et un regard empathique sur les gens. Une bibliothèque de 3 000 ouvrages réunis par Jean Dieuzaide sera ouverte au public. Dans les deux cas, il n'y aura pas concurrence mais complémentarité avec la galerie municipale du Château d'Eau, fondée en 1974 par Jean Dieuzaide dans le même quartier. Enfin, un espace jugé suffisamment grand par la famille accueillera, dans des conditions adéquates d'hygrométrie et de sécurité incendie, les centaines de milliers de négatifs, albums, tirages de presse, etc. réalisés entre 1944 et les années 1990 par Jean Dieuzaide et son équipe.


Jean Dieuzaide, bons souvenirs d'Aragon : Dans les années 50, une Espagne très rurale./Photo Jean Dieuzaide


Porté avec fougue, à l'origine, par Marie Déqué, actuelle conseillère municipale à la musique, le projet continuera de bénéficier de sa «bienveillante attention» dans les mois qui viennent. Quant à la famille Dieuzaide, elle devrait toucher 600 000 €, soit 10 % de la valeur estimée de la collection, «en contrepartie de la cession à la Ville de Toulouse du droit d'usage du fonds». Mais plus que l'argent, c'est la certitude que ce trésor inestimable, indissociable de l'histoire de Toulouse et de la région, soit bien mis en valeur qui va droit au cœur de Jacqueline Dieuzaide et de ses enfants Françoise et Michel.

Avec Doisneau
Réalisée par Michel Dieuzaide, l'exposition «Doisneau/Dieuzaide, une amitié heureuse» aura lieu au Château d'Eau du 11 septembre au 2 novembre. On y retrouvera (ou découvrira) une soixantaine de tirages de chacun des deux photographes, dans une succession de diptyques qui se répondent. Un livre accompagnera l'exposition, édité par MonHélios. Sortie le 5 septembre.

Le chiffre : 1 798 planches contact >De reportages. Parmi bien d'autres éléments des archives, ces planches contacts, réalisées entre 1977 et 2001 représentent 64 728 images. Cela donne une idée de la richess d'un fonds photographique énorme, dans lequel on découvre des inédits tous les jours.


Un faucheur, dans les années 50, à Luzenac (Ariège) ./Photo DR Jean Dieuzaide.
 

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