11/11/2013 Centenaire de la première guerre mondiale 1914-1918

 
Publié le 07/11/2013 à 09:17  | La Dépêche du Midi |  Philippe Rioux
 
Commémoration : il y a cent ans, la Grande guerre
 

Les militaires mobilisés prennent le train pour le front./Photo DDM 
 
Le président de la République donne aujourd’hui 7 novembre le coup d’envoi des cérémonies marquant le centenaire du début de la première Guerre mondiale. Durant cette année - puis jusqu’en 2018 - de multiples initiatives célébreront le souvenir de ce conflit qui a meurtri les villes et les campagnes de France.
 
C’est une page d’Histoire dramatique, douloureuse et fondatrice ; une page dont il ne reste plus guère de témoins directs ; une page qui s’inscrit dans le marbre et la pierre de monuments présents dans chaque ville et village de France ; une page si lointaine et pourtant si proche à la fois ; une page pour laquelle s’ouvre aujourd’hui une année de commémorations. 
 
Bois de la Jaufée bombardé - Juin 1916
 
De multiples initiatives, publiques et privées, vont être organisées tout au long de l’année, coordonnées par la Mission du centenaire, un groupement d’intérêt public créé en 2012 par le gouvernement.
Dotée d’un conseil scientifique international, d’un comité des mécènes et d’un comité des communes pour le Centenaire, la Mission, dirigée par Joseph Zimet, va orchestrer de grands temps forts jusqu’en 2018. Surtout, elle va impliquer les Français dans ce vaste devoir de mémoire collective.
 

 
Une grande collecte nationale
Du 9 au 16 novembre, la Mission lance, en effet, «La grande collecte». Cette opération, inédite par son ampleur, consiste à demander aux Français d’ouvrir leurs archives familiales relatives à la Première Guerre mondiale en amenant leurs documents d’époque auprès de quelque 70 points de collecte répartis sur tout le territoire, essentiellement les Archives départementales, mais aussi des bibliothèques municipales, etc. 
 
«Ils y seront accueillis par du personnel compétent qui les accompagnera dans leur démarche, en jugeant avec eux de l’intérêt du document, en prenant en compte leur histoire personnelle et en numérisant tout ou partie des pièces. Les documents numérisés seront ensuite disponibles sur le site d’Europeana, où ils constitueront une base de données virtuelle européenne de souvenirs de la Grande Guerre», explique la Mission.
 

 
Transmettre aux jeunes générations
Cette masse de documents constituera un formidable corpus pédagogique. Car derrière la commémoration et le souvenir, il y a la nécessaire transmission. Ce conflit «doit être rendu compréhensible aux élèves qui, femmes, hommes, citoyens en devenir, devront en porter le legs aux générations suivantes», explique Alexandre Lafon, conseiller pédagogique de la Mission du centenaire. «Il s’agit donc de faciliter la transmission des mémoires de la guerre et son histoire. Elles disent toutes la violence de la guerre, la difficile construction de la paix en Europe, la valeur de la vie, mais aussi la résistance de la République, malgré tout, aux bouleversements induits par le terrible conflit.»
L’année à venir aura donc des implications en termes de mémoire, de transmission… mais aussi politiques.
 
Ravin du Bazil - Verdun : dans une tranchée sous la neige
 
 
Publié le 07/11/2013 à 07:53  | La Dépêche du Midi |  Rémy Pech
 
 Notre région dans la guerre
 
Poilus dans un hôpital
 
L’assassinat de Jaurès, le 31 juillet 1914, fut profondément ressenti dans notre région, où s’était déroulée, dans le Tarn et à Toulouse, une grande partie de sa carrière politique et journalistique. Avec lui disparaissait la dernière chance d’une paix broyée par les engrenages inexorables des traités qui liaient les puissances européennes.
 
Nos populations, éloignées des frontières contestées et peu perméables aux excitations nationalistes, avaient apprécié et soutenu les actions de paix du grand tribun. Ses campagnes en faveur de l’arbitrage des conflits répétés depuis le début du siècle dans les Balkans, mais aussi contre le dépeçage colonial de l’Afrique, son souci d’organiser une riposte ouvrière internationale pour enrayer le fatal processus, avaient marqué l’opinion.
 
Dès lors, ouvriers, paysans et bourgeois de nos villes et de nos campagnes ne mirent pas «la fleur au fusil», quand l’ordre de mobilisation générale du 2 août les arracha, pour quatre longues années ou à jamais, à leur quotidien.
 
Soldats français de 14-18 des 114è & 27è régiments d'Infanterie
 
Un tiers des hommes de 20 à 40 ans sont morts
Ils partirent pourtant, et se battirent vaillamment dès août 1914, en dépit des calomnies qui fleurirent aussitôt à l’encontre des divisions du XVIIe corps d’armée recruté dans notre région, comme du XVe corps provençal et du XVIe languedocien. La percée, très meurtrière, des armées allemandes en Lorraine et Champagne, avait été facilitée par de graves erreurs stratégiques dont les «pantalons rouges» furent les premiers à subir les conséquences.
 
Soldats dans les ruines de Fleury en Douaumont
 
Ce fut ensuite la course à la mer, et la stabilisation d’un front de tranchées. Parmi les témoignages des «poilus» recueillis à ce jour, nombre d’entre eux furent rédigés par des enfants de notre région, hommage indirect à une école primaire efficace, mais surtout poignante expression des souffrances et de l’indignation devant l’interminable boucherie.
L’infanterie, recrutée prioritairement dans le monde paysan, fut très affectée. Un tiers des jeunes de 20 à 40 ans allait décéder. Et c’est pour cette raison que nos monuments aux morts, dans les villages ruraux du Sud-Ouest, sont particulièrement garnis.
 
Hôpital temporaire : blessés, médecins et infirmières
 
L'engagement des femmes
Les souvenirs des tranchées sont rarement martiaux. Ils exhalent plutôt l’angoisse de la mort, l’ennui et la nostalgie de la famille. Mais la solidarité des escouades, le courrier, les périodes de répit dans les tirs d’artillerie, et parfois les fraternisations entre tranchées ennemies ont permis de tenir, tandis que l’arrière éprouvait aussi les effets du conflit.
 
Situé loin du front, à l’abri des bombardements, le Sud-Ouest devint vite un hôpital et un arsenal. L’aviation et la chimie prirent alors leurs racines dans notre région, transformant durablement son économie. L’engagement des femmes fut décisif pour assurer la production des vivres mais aussi des munitions et le fonctionnement des services. L’urbanisation fut donc, plus qu’ailleurs, accélérée par la guerre tandis que l’unification linguistique et le nivellement des modes de vie devenaient irréversibles.
 
Capture d'un canon allemand
 
La conscience des pertes, comme le soulagement de la fin du conflit, s’expriment parfaitement dans le monument départemental de Toulouse, allées François Verdier. Dédié aux combattants, c’est-à-dire aux morts et aux survivants, cet imposant arc de triomphe est revêtu - et pour cause ! - des citations décernées aux régiments de la région. Il arbore de hauts-reliefs mettant en scène les nouvelles armes (les chars, les avions), mais surtout, il porte le bas-relief d’André Abbal célébrant le retour des poilus, foule innombrable et meurtrie au milieu de laquelle s’étreignent, dans un élan de tendresse et d’optimisme, deux amoureux. 
 
Militaires blessés dans les tranchées
 
Beaucoup plus humbles, et d’autant plus émouvants, les monuments de village où souvent une femme voilée de deuil pleure son époux ou son fils. Et cette stèle du Lauragais où s’inscrivent les vers généreux d’Antonin Perbosc :
 
La guerra qu’an volguda / es la guerra a la guerra / Son mòrts per nòstra terra e per tota la terra.
(La guerre qu’ils ont voulue /  est la guerre à la guerre / Ils sont morts pour notre / 
terre et pour toute la terre).
 
Chargement dans la gare de Fontaine-Bonneleau - Oise

 
Publié le 07/11/2013 à 08:09 | Pierre Challier
 
À Castelnaudary, le massacre d'une équipe de rugby
 
Antoine Bieisse dans son cadre noir : les deux-tiers de ses copains sont morts à la guerre de 14-18... Photo D.R. 
 
Il s’appelle Antoine Bieisse. Sur la photo de l’équipe du «Quinze Avenir Castelnaudary» qui dispute la saison 1912-1913, il est assis au centre, sa tête entourée d’un carré noir. Autour de lui, dix de ses copains du rugby sont frappés d’une croix. Les dix ont été tués à la guerre… Cette guerre dont Antoine Bieisse a failli ne jamais revenir.
Rares sont les photos qui racontent aussi simplement l’hécatombe. Qui résument avec une telle densité la bascule vers l’horreur d’une jeunesse conquérante. Mais l’histoire de ce survivant est emblématique aussi…
 
Cet été 1914, Antoine Bieisse va sur ses 21 ans. Il fait son service militaire au 143e Régiment d’infanterie lorsqu’éclate la guerre. Arrivé sur le front de Lorraine le 9 août, il tombe grièvement blessé le 20. Mais ne sera ramassé par les Allemands que le 25… En captivité, il confie ce qu’il a vécu à son carnet. Et témoigne. Durant cinq jours et cinq nuits, il est resté allongé sans pouvoir bouger sur le champ de bataille avec pour seule visite des sangliers. La soif l’a torturé, la peur aussi. Il a craint d’être achevé. Ils sont finalement venus. Pas des barbares. Des brancardiers. Les Allemands l’ont soigné et sauvé de la gangrène… Côté français, la réciproque était vraie aussi.
 

L'Union Sportive Castelnaudarienne, Saison 1913-1914

Un Français, un Allemand, chacun sauvé par l’ennemi : de ces témoignages croisés l’historien Rémy Cazals (1), professeur émérite au Mirail, et son confrère Eckart Birnstiel ont tiré «Ennemis fraternels 1914-1915», publié aux Presses universitaires du Mirail. Et toute la tragique absurdité de la guerre semble contenue dans ces récits où une vacillante flamme d’humanité met aussi en lumière l’ampleur du crime de masse.
(1) Antoine Bieisse est l’un des «500 témoins de la Grande Guerre» ouvrage collectif dirigé par Rémy Cazals, sur lequel nous reviendrons.
 
 
Publié le 10/11/2013 à 03:50   J.-M. G
 
Castres : Carnets et vie quotidienne durant la Grande Guerre
 
François Pioche, professeur d'histoire retraité, a extrait un livre des écrits d'Alfred Roumiguières. / DDM
 
A l’aube du centenaire de la Guerre 14-18, la société culturelle publie deux recueils remarquables, l’un sur la vie à Castres pendant le conflit et l’autre à partir des lettres et carnets d’un Poilu castrais, Alfred Roumiguières.
Ce sera demain le 11 novembre et dans le même temps, c’est l’approche du centenaire de la Grande Guerre 1914-1918 qui se dessine. De quoi motiver les historiens et érudits locaux qui ne cessent de fouiller toute piste nouvelle pour explorer et mieux comprendre cette période de l’histoire. La société culturelle du pays castrais apporte ainsi sa contribution avec la publication de deux ouvrages très intéressants qui éclairent ces années noires. Le premier est en fait une réédition comme l’explique Aimé Balssa : «Il s’agit d’un cahier qui traite de la vie à Castres pendant la Grande Guerre. C’est un travail qui avait été réalisé en 1998 par René Artigaut et André Minet. 
 
Cavaliers français partant pour le front
 
Une étude très bien faite qui a été un peu réactualisée.» La vie dans la cité n’est plus la même après que, en quelques jours, plusieurs milliers de Castrais aient été mobilisés. L’arrivée d’une population nouvelle par vagues, prisonniers ou blessés, main d’œuvre des industries de l’armement vient bousculer la vie locale. Ce cahier raconte aussi les difficultés du quotidien, les restrictions ou l’absence de monnaie tandis que la liste des morts s’allonge. En 1918, c’est aussi l’explosion de la poudrerie à Mélou et les ravages de la grippe espagnole. Témoignages et archives sont croisés dans l’ouvrage avec même un éclairage sur le phénomène marginal du refus de la guerre. Sans oublier d’évoquer les péripéties liées à l’élévation du monument aux morts castrais après l’Armistice. Un travail complet mais condensé à mettre entre toutes les mains.
 
Prise de guerre : soldats français avec une mitraillette
 
Un instituteur tarnais dans la guerre
La société culturelle édite aussi pour l’occasion les extraits des carnets et de la correspondance d’Alfred Roumiguières choisis et présentés par François Pioche, ancien professeur d’histoire à la Borde-Basse aujourd’hui retraité (lire ci dessous). Né en 1887 dans le Tarn, Alfred Roumiguières a d’abord été instituteur à Sorèze avant d’être mobilisé comme sergent. Puis il deviendra adjudant. Pendant le conflit, il va écrire plus de 1600 lettres à sa femme Rosa et à ses proches. Il remplira aussi 7 carnets de notes de grande qualité et très appréciés des historiens locaux. A son retour, Alfred Roumiguières, souvent présenté comme ces «hussards noirs de la République», a été nommé instituteur à l’école rue Sainte-Foy aujourd’hui fermée mais qui porte toujours son nom.

Engagé en politique (au parti politique SFIO) et dans le syndicalisme, il avait enfoui ses écrits de guerre dans une malle retrouvée après son décès. Et aujourd’hui, c’est François Pioche, l’époux d’Annie Pioche petite-fille d’Alfred, qui en tire les extraits les plus remarquables. Une belle contribution là aussi à la compréhension de l’histoire.
«Castres et la Grande Guerre», 15 € (+ 4 € de frais de port). «Un instituteur tarnais dans la Grande Guerre», 20 € (+4 € de frais de port) Disponible par courrier à la Société culturelle du pays castrais, 8, place Soult, 81 100 Castres. Ou bien chez Didier Serres, A la Ville du Puy, 5, rue de l’Hôtel de ville ou aux archives départementales du Tarn à Albi.
 
Groupe de soldats du 12è régiment
 
Les lettres et carnets d'Alfred Roumiguières
François Pioche a réalisé un travail énorme pour sélectionner les passages les plus marquants de la correspondance et des carnets de route d’Alfred Roumiguières : «Je l’ai présenté de façon chronologique mais en m’intéressant à trois thèmes principalement. J’ai d’abord retenu tout ce qui concernait la vie quotidienne des soldats, leurs joies et misères, petites ou grandes. La vie des Poilus était dure, mais parfois aussi ennuyeuse ou répétitive. Le grand-père de mon épouse décrivait très bien ces atmosphères quotidiennes.»

L’historien s’est ensuite attaché à extraire des écrits tout ce qui concernait les combats, le front et surtout la guerre de tranchées. Les «relations» avec l’ennemi, «ceux d’en face» qu’ils entendaient parler ou éternuer, sont aussi évoquées. Et puis enfin François Pioche s’est intéressé à la réflexion politique du poilu, sa morale et sa philosophie. Très déterminé dans la nécessité de «faire son devoir pour défendre la France qui a été attaquée», il montre aussi que la Guerre est une horreur mais adhère à ce que l’on appelait «l’union sacrée». Alfred Roumiguières avait demandé à son épouse de conserver ses lettres mais n’en avait jamais vraiment parlé, laissant à ses descendants le soin d’en prendre connaissance. C’est chose faite aujourd’hui.

 
Front de Cambrai : troupes irlandaises
 
 
Publié le 08/11/2013 à 08:30    J.R.
 
Réalmont : Le parcours des Poilus morts pour la France
 
Jean-Claude Planès et Jean-Claude Sié devant l'un des panneaux. 
 
Le Souvenir Français ouvre le livre d’histoire à la page 1914. Jean-Claude Sié, professeur à Fonlabour et Jean-Claude Planès retraité de La Poste, se sont attachés à résumer la vie des soldats de Réalmont et de Montredon-Labessonnié morts au champ d’honneur durant la Première Guerre mondiale. Ils possèdent le récit de la mobilisation, des combats et de la mort de ces jeunes hommes, plus la photo de leur sépulture. L’Espace intercommunal Centre Tarn, boulevard Carnot à Réalmont, participe à ce devoir de mémoire et accueille cette exposition. Une fiche individuelle au format A4 relate le périple des 81 Réalmontais inscrits sur le monument de la ville. Mais les 387 du canton et les 161 de Montredon sont sur le disque dur. Leur fiche est visible sur l’écran et les deux Jean-Claude promettent d’ici trois mois de les éditer à la demande des descendants. Leur objectif est d’accomplir le même travail pour les 12000 victimes tarnaises.
 

 
A cet effet, des relais locaux dans les communes sont les bienvenus. Se faire connaître et s’inscrire sur www.lemilitarial.com. Samedi 9 novembre, la connexion avec la site national permettra de découvrir l’histoire de plus de 1700 d’entre eux. Après le vernissage à 17h30, les historiens aveyronnais Jeannine Ducel et Lionel Dabarre donneront une conférence sur les Tarnais dans l’armée d’Orient.
 
L’exposition est visible aux heures d’ouverture de la médiathèque de Réalmont. Mardi, jeudi, vendredi de 14h30 à 18h ; mercredi de 9h à 12h et de 14h30 à 18h ; samedi de 9h à 12h et de 13h à 17h. Entrée libre.Lundi 11 novembre, le Souvenir Français assurera la permanence de 10h à 12h et de 14h à 18h.
 
Le monument aux morts de Saint-Nicolas de la Grave./Photo DDM
 
Le Souvenir Français
Association de bénévoles, créée en 1887, reconnue d’utilité publique depuis 1906, sa mission est de conserver la mémoire de ceux et celles qui sont morts pour La France et de transmettre l’héritage du souvenir aux générations successives. Le Souvenir français collecte le «Bleuet de France» lors des cérémonies du 8 mai et du 11 novembre. Le docteur Christian Bourdel fondateur du musée Militarial de Boissezon est le président départemental et Jean-Claude Sié l’animateur du comité réalmontais.
 
Des pièces du musée seront exposées du 9 au 16 novembre. Pendant la durée de l’exposition une urne recueille l’obole des visiteurs afin d’entretenir les tombes et poursuivre les recherches dans les mairies, sur les champs de bataille et lieux de sépultures.

 
Publié le 08/11/2013 à 07:46 | J.K.
 
Labastide-Rouairoux : Elle retrouve la sépulture de son grand-père mort en 1917
 
Nicole, Gérard Caffort et leurs filles Florence et Céline./ Photo DDM,JK 
 
Durant la Grande Guerre, 1 400 000 soldats français ont perdu la vie, «morts pour la France». Victor Cazelle fut l’un d’eux. Parti au front à l’été 1914, il n’a pas eu le bonheur de connaître sa fille unique, Gabrielle, née au début de l’année 1915. A Montfa où vivait la famille, un jour du printemps 1917, son épouse Rose reçut des mains du maire l’avis tant redouté. Son époux, caporal au 22e régiment d’infanterie coloniale de Carcassonne, était décédé le 24 avril à Laffaux, dans l’Aisne, sur le front du chemin des Dames. La petite Gabrielle a dû grandir et apprendre à affronter la vie sans son papa. Lorsqu’elle est à son tour devenue maman, elle n’a eu de cesse de retrouver la sépulture de ce père qui lui avait tant manqué. Elle gardait précieusement les quelques photos de lui transmises par sa maman et les cartes postales envoyées du front, la dernière quelques jours seulement avant sa mort. A la faveur d’un voyage organisé, elle s’était même rendue sur le plateau de Craonne et avait visité les monuments figurant sur ces cartes postales, sans retrouver la moindre trace de son papa.
 
Exposition sur le centenaire de la Grande Guerre à Larrazet (82) / DDM
 
Près de Soissons
Après son décès en 2007, sa fille Nicole Caffort, avec l’aide de son époux Gérard et de leurs filles Florence et Céline, a voulu poursuivre sa quête. En vain jusqu’à l’hiver dernier : lors d’une réunion familiale, elle a évoqué le sujet avec un cousin passionné d’histoire qui lui a promis de faire une recherche sur la toile. Quelques jours plus tard, Nicole apprenait que son grand-père repose depuis 1923 dans la nécropole nationale «Bois Roger» à Amblény, près de Soissons parmi plus de 10 000 «poilus» morts au combat sur le front du chemin des Dames entre 1914 et 1918.
 
Au printemps dernier, Nicole et son époux se sont rendus en Picardie : entre Soissons et Reims, sur le plateau de Craonne, ils ont visité tous les lieux de mémoire du Chemin des Dames. Nicole a pu se recueillir un long moment sur la tombe de son grand-père avec au cœur un regret poignant : que sa maman ne soit plus à ses côtés pour partager l’émotion de ces instants. Depuis, grâce à Internet et plus spécifiquement au site «Mémoire des hommes», Nicole Caffort et sa famille ont pu retrouver d’autres informations sur les derniers jours de leur aïeul dans l’enfer des tranchées. En ce 11 novembre, tous auront une pensée émue pour lui dont la vie a été fauchée par un obus un jour de printemps il y a presque 97 ans.
 
Maurice Maréchal, musicien, a obtenu de ses camarades la fabrication d’un violoncelle à partir de caisses de munitions / Photo DDM
 
Publié le 11/11/2013 à 08:01   Rémy Cazals
 
Fernand le poilu mazamétain prisonnier
 
Fernand Tailhades est debout, le deuxième en partant de la gauche sur cette photo de l’équipe du Peigne d’Or. / DDM
 
En ce 11 novembre jour de commémoration de la guerre de 14-18 dont le centenaire se prépare, l’historien Rémy Cazals nous raconte l’histoire de Fernand Tailhades, poilu mazamétain fait prisonnier en Allemagne.
 
Le livre 500 Témoins de la Grande Guerre, qui vient de sortir à la veille du centenaire de 1914, présente plusieurs notices de Tarnais, combattants ou civils. Nous avons choisi de retenir aujourd’hui le cas de Fernand Tailhades, né à Mazamet le 7 mai 1885. Sa famille a su conserver de lui des photos de la vie paisible d’avant la guerre et son carnet de route de 1914-1915.
 
Sur cette photo de 1910, posent les ouvriers du Peigne d’Or, dans la gorge de l’Arnette, une usine de délainage des peaux de moutons, industrie alors dominante dans le bassin de Mazamet. On remarque les brins de laine accrochés aux sabots, les tabliers en forte toile de jute. Fernand est debout, le deuxième en partant de la gauche. Il a 25 ans ; il s’est marié l’année précédente ; il vient d’avoir une petite fille. Sa scolarité n’a pas dépassé l’école primaire et il a commencé à travailler dur dès l’âge de 13 ans, mais son intelligence pratique lui a permis de devenir contremaître.
 

 
«Chère terre d'Alsace»
Il a effectué son service militaire de 1906 à 1908 à Castelnaudary, puis une période d’exercices de trois semaines en 1912 au 143e régiment d’infanterie de cette ville. En août 1914, il est mobilisé au 343e, régiment de réserve qui part sur le front avec l’active. Jaurès avait bien vu que les troupes de la réserve auraient à jouer un rôle décisif en cas de guerre.
 
Fernand Tailhades participe aux combats de 1914 en Alsace. Le 16 août, la frontière est franchie, et notre témoin écrit : «Là, en passant le poteau qui divise les deux pays, le commandant nous fait découvrir, et c’est le régiment en entier, d’un même élan patriotique, que nous saluons cette chère terre d’Alsace.» Puis le 343e s’installe sur les hauteurs des Vosges et y affronte l’hiver.
 

 
Sauvé par un Allemand
Fernand est blessé et capturé lors d’un coup de main allemand dans la nuit du 16 au 17 juillet 1915, et soigné à l’hôpital de Weingarten. Il insiste particulièrement sur son aventure personnelle au milieu du drame collectif et en décrit les moindres détails. Surpris et blessé, il croit que les ennemis vont l’achever, mais l’un d’eux le protège. «Ils m’appelaient tout le temps Camarade», dit-il des Allemands qui le conduisent vers l’arrière. Celui qui l’a sauvé lui donne son adresse : «Après m’avoir serré la main, et sa mission étant terminée, il repartit pour aller, peut-être, laisser sa vie à l’endroit où il m’avait sauvé la mienne.»
 
Après la guerre, Fernand reprend son activité dans le délainage. Il meurt à Canjelieu, hameau de la commune de Mazamet, le 30 avril 1957. Son carnet de guerre a connu une publication franco-allemande, en parallèle avec le témoignage du soldat Hans Rodewald, lui aussi blessé et tombé aux mains de l’ennemi qui se révèle fraternel, une des racines de la réconciliation entre les deux peuples.
 
*Pour en savoir plus, lire Ennemis fraternels 1914-1915, Carnets de guerre et de captivité, édité par Eckart Birnstiel et Rémy Cazals, Toulouse, PUM, 2002, 191 p., et 500 Témoins de la Grande Guerre, aux Editions midi-pyrénéennes, 2013, 496 p.

 
Publié le 11/11/2013 à 03:49    Alain-Marc Delbouys
 
Elle se bat pour la mémoire d'Antonin à Albi
 
Antonin Richard en 1911, à 18 ans, avec sa sœur Marie qui fêtait son 20e anniversaire. 
 
«C’est très important pour moi. Antonin est mort pour la France. Je veux une fiche de décès à son nom, et non celui d’un autre. Il y a droit.» Employée de bureau à la retraite à Saint-Juéry, Christiane Frayssines exerce son «devoir de mémoire» en défendant celle d’Antonin Richard, son grand-oncle. Ce Poilu tarnais de 21 ans a été tué au front à Vauxrot (Aisne), cinq mois après le début de la Grande guerre le 25 décembre 1914.

«Le jour de Noël, c’est encore plus émouvant. C’est symbolique», s’attriste encore 99 ans après sa petite-nièce, comme si le temps, ce presque siècle, n’avait pas passé; comme si et on le voit avec tant de Français qui font preuve d’un intérêt toujours aussi vif pour la Première guerre mondiale, cette blessure familiale ne s’était jamais refermée. «Le frère jumeau de ma mère étant mort lui en 39-40, mes parents voulaient que je sois une fille. Pour que je ne fasse pas la guerre», témoigne toujours aussi émue Christiane.

 

 
Mélange d'identités
Plaie d’autant plus vive qu’en consultant il y a deux ans le site Mémoire des hommes qui répertorie les morts pour la France, Christiane Frayssines s’est aperçue d’erreurs multiples sur la fiche de décès d’Antonin Richard. «Il y a eu un mastic complet entre lui et Émile Georges Richard, qui lui n’est pas mort à la guerre de 14-18, peut-être parce qu’ils étaient tous deux au 2e régiment du génie. Ils ont mélangé les deux identités.» Antonin était né à Carmaux où son père Jean-Noël était verrier, avant que la famille déménage à Albi rue de Sandy pour que le papa intègre la VOA. Antonin figure bien sur le monument aux morts d’Albi.

Cela ne suffit pas à Christiane, fille unique et dernière famille restante d’Antonin, qui n’a pas eu d’enfant. Sa sœur Marie était la grand-mère de Christiane. «L’Onac m’a dit qu’il fallait que je m’adresse au tribunal de Nanterre, l’autre soldat étant de Vanves. Après un an et demi d’attente, le tribunal de Nanterre m’a renvoyé sur le tribunal d’Albi et m’a avertie que je devrais prendre un avocat. Là je cale. C’est vraiment compliqué. Je lance un appel à l’Onac ou à une association d’anciens combattants, qui pourrait m’aider ou me conseiller dans ma démarche.»
 
 
Publié le 11/11/2013 à 09:12    Pierre Challier
 
La saignée du village... inscrite aux monuments aux morts de Nistos (65)
 
Comme de nombreux Français, Jean Seube conserve précieusement le briquet de son grand-père, fait avec le cuivre des champs de bataille, comme cette lampe ramenée des tranchées que les poilus fabriquaient traditionnellement à partir d'une douille d'obus de 75./DDM
 
A Nistos, dans les Hautes-Pyrénées, il y a le bas et le haut du village. «Avec deux églises et deux monuments aux morts pour notre commune de 246 habitants», précise madame le maire, Frédérique Castéran.
 
Deux monuments tout simples, deux obélisques surmontés de la croix de guerre 14-18, avec chacun sa couronne de fleurs en céramique pour dix-huit noms, en tout. Mais... cinquante morts pour la France gravés dans le marbre blanc, sous la pierre grise et les palmes martiales...
 
Encadrant leurs camarades Sajous, Pujolle ou Recurt, isolés, ils sont là quatre Campan dont deux de «chez Courtalet» et un de Sacoué-Arize, deux Escat de «chez Jean-Jacques», six Maupomé dont deux de «chez Bastia», trois Rumeau et deux Vignaux, de «chez De Paul», au Bas-Nistos... Tandis qu’au Haut-Nistos se lisent encore trois Campan, trois Castéran, un Maupomé, quatre Rumeau dont trois de «chez Labourdette», auxquels s’ajoutent quatre Seube, dont deux de «chez Malette», et deux Soubie... Pas une famille qui n’ait été épargnée : père, fils, frères, oncles, neveux couchés là. Avec, inséparable de leur identité, le nom de leur maison dans ce qui était alors une vallée comptant «1609 habitants» en 1887, selon la monographie de l’instituteur de Jules Ferry.
 
Un siècle s’est écoulé depuis le début de la Grande Guerre ? Ruisselle la pluie de novembre, la saignée de 14-18 pleure toujours au pied des églises du village. Et l’hécatombe des paysans ne s’efface pas des mémoires, prompte à ressurgir dès qu’on entre chez un «ancien».
 
 
«Mon père, lui, n’en parlait jamais, sauf si on lui posait des questions», commence Maurice Castéran, 90 ans, se chauffant près de la cuisinière au bois. «Trois fois on l’a opéré du dos pour essayer en vain de lui retirer son éclat. Mais à la ferme, il abattait quand même son travail comme personne», reprend Maurice. Sa blessure ? «Je crois que c’était en 1916, un shrapnel allemand. Les brancardiers l’ont ramassé lorsque les obus se sont remis à pleuvoir. Ils l’ont lâché là, sur le brancard, pour s’abriter. Il pissait le sang, touché au ventre aussi. «Je suis perdu», il s’est dit. Il est mort à 86 ans, décoré de la croix de guerre. C’était un rude, mon père», raconte Maurice. «Par contre, François Seube, le cousin de ma mère... Il a eu une permission. Le jour de son départ, il a dit «je ne reviendrai pas». Son nom est sur deux monuments, à Bize et à Nistos».
 
Chez Métou, la pierre au dessus de la porte indique 1777. Une Campan y avait épousé un Maupomé. Et le petit-fils Irénée, 67 ans, résume «du côté de ma mère, le père et deux oncles sont partis. Un seul est rentré.»
 
«Mon père et l’oncle aussi ont été mobilisés chez nous. Mon père a été gazé dans la Somme. Il a survécu avec un poumon, mais ils ne lui ont pas fait cadeau du reste de la guerre pour autant», raconte Jean Recurt, 85 ans. Son fils Roger, 52 ans, se lève et revient avec le certificat de bonne conduite précieusement conservé de son grand-père et parrain Siméon, qui était au «133e RI du 7e Corps d’Armée, 4e Division, 82e Brigade».
 

 
«Chez Courtade» ? Sur la cheminée de Jean Seube brille toujours le cuivre façonné dans les tranchées. Né en 1899, son père est parti en novembre 1918. «Au moment où ça s’est arrêté». «Par contre les deux oncles et le grand père...» Entre eux, ils en parlaient en patois, devant le feu.
 
«Le grand père étant de 1873, ils l’avaient mis ambulancier. Pierre était l’aîné de deux ans de mon père, l’oncle Baptiste était le frère de ma mère. Il avait 34 ans. Ils se sont retrouvés ensemble. Il a veillé sur le «petit». «Combien de fois tu m’as sauvé la vie ?» lui répétait Pierre». Et remontaient les images de l’horreur. «Dans un grand trou, Baptiste a dit à Pierre de baisser la tête face aux mitrailleuses. Le sergent ne l’a pas fait, il a pris la balle. Sous le choc, Pierre a voulu regagner les lignes, il est tombé sur un officier qui a dégainé son revolver, prêt à l’abattre.»
 
Dans la Somme, une nuit, ils ont entendu des éclaireurs allemands tout près. Ils ont alerté l’artillerie. «Sous le feu, ils hurlaient «camarades français !» Ils en ont vu un réduit à un buste. Le buste a eu un sursaut comme pour se redresser et il est mort.» Ici ? Il se rappelle aussi que les trois Rumeau de Labourdette, au monument, «c’était le père et ses deux fils».
 

 
«Mon père, lui, a vu un copain de Nistos avec un trou dans le dos essayer d’arrêter le sang avec son paquet de tabac», dit Maurice. «Mon père a raconté plus d’une fois qu’ils étaient trois dans une tranchée, démoralisés, alors que ça pétait de partout. Lui, il a dit «je m’en vais». «T’es fou, tu vas te faire hacher lui ont dit les deux autres». «Je m’en fous». Il est sorti... Quand il est revenu, un obus avait tué les deux autres», se rappelle Jean Recurt.
 
A la mairie, le registre des décès raconte à son tour et semble résumer la guerre, du rappel de tous jusqu’aux colonies en passant par le front oriental. Bertrand Campan est tombé le premier, le 24 août 1914. Jean Seube était 2e classe, «domicilié en dernier lieu à New-York. Il a été «tué à l’ennemi» le 30 décembre 1914 «face au bois Mort Marie». Maupomé François. Mort en Belgique. Maupomé Augustin. Porté disparu, présumé mort. Bertrand Rumeau, adjudant au 2e Régiment de Tirailleurs Indigènes est tombé à Mailly Champagne et François Castéran en Serbie, criblé d’éclats le 13 mai 1918... tandis que la vie quotidienne continuait, au village, avec ses morts d’enfants en bas âge, de femmes en couches, partageant ces pages... «Quelle vie ont eu nos grands parents ?» interroge soudain à l’oreille le Brel de «Jaurès». Plus au nord du département, à Vic en Bigorre se dresse le seul monument aux morts de 1870 dans les Hautes-Pyrénées. La statue s’appelle «La Revanche». Un homme quasi nu armé d’une massue avance. Régression vers la sauvagerie animale... l’artiste exalté l’avait ainsi sculptée, La Revanche. Ils l’ont subie.
(1)Le site memorialgenweb en recensant pour sa part 57.
 
 

 
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