Le littoral face au défi du réchauffement
Le littoral face au défi du réchauffement
Publié le 23/02/2025 | Midi | Yannick Philipponnat
"On ferme et on s’en va ?" : Palavas, Le Grau-du-Roi, La Grande-Motte… les élus du littoral face au défi de la montée de la mer

"La prise de conscience n'est pas suffisante" : la Cour des comptes alerte sur les conséquences des risques littoraux en Méditerranée / Midi Libre - MICHAEL ESDOURRUBAILH
Les prévisions d’élévation de l’eau à l’horizon 2050 et 2100 conduisent les collectivités du littoral à anticiper les scénarios et ils ne sont pas dans le déni affirment-ils, répondant à certaines critiques.
Sur l’avenue à perte de vue bordant la mer entre Palavas et Carnon (Hérault), Carole et David sortent de leur maison quasiment neuve au remarquable style boisé. Les pieds dans le sable, en première ligne… La plus exposée à la submersion.
"On vit, on profite depuis 5 ans ! Oui ça monte, mais notre rêve c’était d’habiter au bord de la mer, on a bossé et à 50 ans on s’est dit qu’on allait se l’offrir.

Le changement climatique et les questions qu’il soulève un sujet d’actualité pour les habitants de Frontignan / ML, Philippe Malric
"Le jour où ça montera trop, on sera délogés"
"Le jour où ça montera trop, on sera délogés. Certains se prennent des bombes, moi je surveille le niveau de la mer", confie la mère de trois enfants, tout sourire.
Pourtant, la question de la montée des eaux n’a jamais été aussi prégnante depuis la parution, en début d’année, du “Plan Bleu” qui prévoit une élévation de 40 cm d’ici 2050 en Méditerranée et de 1 à 2 m à l’horizon 2100.
La Cour des comptes s’en est aussi émue mi-janvier : la prise de conscience n’est "pas suffisante" que ce soit de la part de l’État, mais aussi de la population, souvent mal informée, et bien sûr des élus, parfois soupçonné de déni caractérisé.
Avec des maisons menacées (32 000 logements, locaux d’activité et campings en 2100 sur le littoral !) et un système assurantiel et indemnitaire qui menace de cesser avec l’intensification des risques dans un moyen long terme.

Sécheresse, montée des eaux, canicule, pollution : le bassin méditerranéen à l’aune du réchauffement climatique / ML, Sylvie Cambon
"Il n’y a pas de déni, les maires sont tous mobilisés"
"Je m’inscris en faux, il n’y a pas de déni, les maires des littoraux sont tous mobilisés sur ces questions de l’évolution du trait de côte", rétorque Robert Crauste, Premier vice-président de l’ANEL (association nationale des élus du littoral). Par ailleurs maire du Grau-du-Roi (Gard), zone exposée selon les projections, il regarde l’avenir qui s’écrit au large mais aussi de part et d’autre de sa commune.
Avec Arles, Port-saint-Louis-du-Rhône et les Saintes-maries-de-la-Mer, via le Symadrem, syndicat chargé d’élaborer une stratégie littorale pour la Camargue, ils travaillent à une cartographie précise des risques submersifs.
De l’autre côté, avec le tout nouveau groupement d’entente du golfe d’Aigues-Mortes, composé des intercommunalités allant de Sète à Port-Camargue, les scénarios possibles sont étudiés.

Entre Gardiole, étangs et mer, Frontignan a plusieurs problématiques à gérer. Midi Libre - PHILIPPE MALRIC
"On passe notre temps à dire aux gens que l’on ne va pas les mettre dehors"
"Nous allons établir les cartes de l’érosion et l’impact sur les zones habitées et les enjeux du déplacement, on sera fixé fin 2026" confirme Stéphan Rossignol, maire de La Grande-Motte. "Si on avait eu un contact avec la Cour des comptes, on le leur aurait dit" ajoute celui qui préside l’agglo du pays de l’Or.
"Moi, je suis mobilisé pour vitaliser ma ville, la protéger, l’adapter mais pas pour la déplacer à l’heure où je vous parle" poursuit Robert Crauste. "Sinon quoi ? On ferme et on s’en va ? C’est facile de l’écrire dans un rapport."
Du côté de Frontignan (Hérault), où des zones sont également très exposées, les élus marchent sur des œufs alors qu’une partie de ses habitants se loge en première ligne de plage.

Montée de la mer sur notre littoral : "Ça va arriver, demain ou dans quinze ans, il faut informer et se préparer" / Midi Libre - MICHAEL ESDOURRUBAILH
"C’est un sujet très sensible, on passe notre temps à dire aux gens que l’on ne va pas les mettre dehors", rapporte Loïc Linarès, adjoint à la démocratie participative et qui siège au comité national du trait-de-côte.
Il trouve "très injuste" le tacle de la chambre régionale des comptes qui, dans son rapport, constat que 40 permis de construire ont été accordés en zone submersible à Frontignan…
"Ce ne sont pas de nouvelles maisons sur des terrains nus, mais des travaux ou des reconstructions avec des obligations réglementaires comme surélever sa maison" répond Loïc Linarès. "Si on refuse d’accorder ces aménagements et que l’on est attaqué au tribunal administratif, on perd, c’est le paradoxe !".

Une élévation de la mer de deux mètres serait (très) problématique en Méditerranée. / ML
"On va devoir s’adapter, on a le temps, mais il faut s’y mettre maintenant"
La commune a intégré le décret-texte de la loi Climat et résilience (lire par ailleurs) qui va lui permettre de bénéficier de nouveaux outils juridiques réglementaires pour limiter l’aménagement.
"On va devoir s’adapter, on a le temps, mais il faut s’y mettre maintenant" résume l’élu.
À Mauguio Carnon, le maire Yvon Bourrel rappelle de son côté que le sujet “trait de côte” est pris en compte depuis 20 ans. Avec, déjà, par exemple, le recul stratégique d’une route, du réensablement ou encore, récemment, des épis de protection.
"On n’est pas inquiets mais vigilants"
Et la prudence est désormais de mise : "on essaye de ne pas aggraver le risque, on ne crée pas de logements, ce sont des transformations, on n’est pas inquiets mais vigilants."

La mer va monter de 40 cm en 2050. MIDI LIBRE
Non loin de sa commune, en face de la maison de Carole et David, Lisa, jeune mère de famille lorgne sur cette première ligne avec envie, elle qui vit en “seconde”.
Elle reste le témoin privilégié de ce "littoral qui se détraque" avec le changement climatique, et se dit pourtant "prête" à tenter l’aventure, mais elle est freinée par « les prix Parisiens."

le Languedoc parmi les destinations privilégiées par les Français / ML, Mikaël Anisset
"Le succès ne se dément pas"
C’est aussi un paradoxe de la situation : plus les habitations sont proches de l’eau et à risque, plus elles sont chères, 8 000 à 9 000 € le m2 actuellement, en première ligne, à Port-Camargue comme à Palavas.
"Le succès ne se dément pas : “Je m’étais toujours dit que je viendrai au bord de la mer”, c’est la phrase que l’on entend souvent, il faut aussi faire avec ça" rapporte Robert Crauste. Quitte à prendre le risque d’une dévaluation soudaine qui ne manquera pas d’arriver.

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