Lauragais : "Me Voilà", épicerie ambulante
Lauragais : "Me Voilà", épicerie ambulante
Publié le 11/01/2025 | L'Indépendant | Corine Sabouraud
"Aller vers les gens isolés, les ravitailler, leur apporter un peu de douceur" : Avec son épicerie ambulante Delphine sillonne une vingtaine de villages de l'Aude

À Cenne-Monestiés, la volubile Delphine est très attendue. Independant / BOYER Claude
"Me voilà". Depuis plus de deux ans, Delphine Béteille, au volant de son camion épicerie, sillonne les routes de campagne de la montagne noire et du Lauragais, dans l’Aude. Pour ravitailler les habitants des coins les plus reculés de sa région.
Delphine Béteille connaît tous les chemins de son pays. Or, dommage, pas encore tous les riverains des patelins et hameaux de ses tournées. Installée à Sorèze avec son époux, tout près de Revel en Haute-Garonne, cette ancienne employée de supermarché, âgée de 55 ans, remet aux goûts du jour le commerce ambulant de proximité.
Un service d’antan de retour durant la pandémie de Covid-19, qu’elle tente de développer dans l’Aude, côté Montagne Noire et Lauragais.

À côté du camion, Delphine étale ces cageots de fruits et légumes frais. Independant / BOYER Claude
"Je désirais renouer avec les échanges du passé, aller vers les gens isolés, les ravitailler, leur apporter un peu de douceur. Travailler tranquillement, sans patron, c’était aussi mon rêve", se lance la professionnelle. Par défi. Après avoir tracé au compas un cercle d’un rayon de 30 km autour de Sorèze sur une carte, elle acquiert un camion neuf, un Ducato Multijet qu’elle surnomme "Me Voilà", et le fait aménager en magasin à Bordeaux.
Une ouverture sur le côté pour la vitrine avec vue sur les étagères remplies de tous les produits de première nécessité. L’aventure débute le 15 août 2022. Pas franchement sur les chapeaux de roues. "Je ne gagne pas ma vie, je contribue à créer du lien social, à me faire une place au cœur des populations de villages. Je suis dans l’humain", apprécie la marchande de saveurs, aux grandes affinités.

Lempaut : L’épicerie ambulante "Me voilà" s’installe les vendredis / DDM, P.R.
Je pratique les prix de supérette, les retraités s’en réjouissent, les jeunes pourraient faire un effort.
Delphine essaie ainsi d’attirer les ruraux de 20 à 94 ans. Si la majorité de ses clientes et clients sont des retraités, dans une commune d’à peine une centaine d’âmes elle a réussi à fidéliser trois couples, parents d’enfants en bas âge. "Ils m’achètent chacun pour 60 à 70 € de courses par semaine", s’emballe la commerçante spécialiste des petites attentions toujours délicates.
À Noël, elle a offert un calendrier de l’Avent à leurs gamins. À la belle saison, "je leur paie la bière le soir au pied du camion, on fait l’apéro, les petits s’amusent, on a même déjà organisé un barbecue ensemble. On se régale, c’est ça la vraie vie de village".

/ ville-soreze.fr
Son bémol, ce sont les jeunes. "Ils devraient faire l’effort de me faire bosser un peu. Je suis tous les jours sur la route, je reste une heure à une heure trente dans chaque commune, je prends des commandes, on peut tout me demander." Des piles aux mots fléchés comme à la viande sous vide, l’épicière répond toujours présent. Seulement là, par contre, où elle peut stationner gracieusement.
"Des mairies ont voulu me faire casquer, je refuse. Je ne me déplace que dans celles qui m’accueillent gratis et dont j’ai testé le potentiel. Dans l’Aude, j’en ai une vingtaine, les autres ne me rapportaient rien", trie la quinquagénaire parcourant 500 à 600 km par semaine, dimanche compris.
"Je suis la convivialité incarnée", rigole-t-elle avec humour.

/ comune-montmaur.fr
Elle symbolise également la qualité. Ses fournisseurs sont presque tous du coin. La conserverie Le Revelois, la Ferme du Lauragais… Delphine privilégie les produits locaux, les primeurs et le made in France. À des tarifs de supérette.
"Je prends des gifles toutes les semaines, en 15 jours le jus d’oranges a augmenté de 19 centimes et je ne vous parle pas du chocolat, du café ou du beurre, c’est une catastrophe." Qui l’oblige à réduire ses marges à 40 %. Son fameux poulet fermier n’affiche même pas 10 €, tandis que le kilo de saucisse paysanne monte tout juste à 2 € de plus que chez le producteur.

Denrées, alimentaires, produits ménagers, viande sous vide, l’essentiel est rangé dans le camion de Delphine. Independant - BOYER Claude
Priorité aux produits locaux et régionaux
À raison d’un cabas médian d’environ 20 €, "il faudrait que je rentre dans les 2 000 € par mois pour m’en sortir entre assurances, fourgon à rembourser, stock, essence… Or, je fais moitié moins. Je prends un salaire de 800 € et l’Urssaf me ponctionne de 250 à 400 €. Je travaille pour la gloire et pour des gens charmants, c’est mon bonheur à moi", gage-t-elle. Convaincue de pratiquer un bon rapport qualité/prix.
"Aller en magasin, le plus proche est à 15 minutes de voiture, équivaut à du temps perdu et du carburant gaspillé. Avec moi, on est gagnant", promet la patronne. Du porte-monnaie au bien vivre.

Avec son épicerie mobile nommée Me Voilà, Delphine Béteille dessert de nombreux villages du Lauragais. / ©Gérard Grandazzi – Voix du Midi Lauragais

/ ville-soreze.fr
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