Haute-Garonne : Météo, des disparités dans le département

1/8/2016

Publié le 31/07/2016 à 09:00  | La Dépêche du Midi |  Victoria Anaïs Pollastri

Où fait-il le plus chaud et pourquoi ?


Des disparités de température dans le département / Photo DDM

De Toulouse au Frontonnais, on observe des températures différentes sur une même journée. Minimes, elles reflètent pourtant les caractéristiques d'un espace. Explication.

Un à deux degrés de différences dans les températures moyennes du mois de juillet entre certaines villes de la Haute-Garonne. Un écart subtil, et pourtant. Hélène Laviron, et Pascal Boureau, tous deux climatologues au pôle de la Haute-Garonne de Météo France, passent leurs journées à étudier ce phénomène. Chaque variation de température trouve une raison. Humaine ou géographique, derrière les chiffres se cache une histoire.

Des raisons naturelles
«L'ensoleillement est un élément essentiel à prendre en compte dans l'étude des températures. Le nord du département est beaucoup plus ensoleillé que le sud en été. Les nuages s'accumulent sur la chaîne des Pyrénées. Il y fait beaucoup plus froid. Ainsi, on constate des températures moins élevées en journées dans des villes comme Carbonne ou Muret. À partir de Muret, on observe des valeurs plus homogènes jusqu'à Toulouse.

Le Frontonnais est une exception, car il est à l'abri du vent d'autan. Ce vent réduit la hausse du mercure dans la journée pendant l'été. C'est pour ça qu'il fait souvent très chaud dans cette zone, et dans toute l'agglomération toulousaine. Mais il faut être vigilant lorsque nous faisons des classements des villes selon leur température. Géographiquement, il y a des subtilités. Les villes les plus chaudes la journée, ne sont pas forcément celles les plus chaudes en moyenne, ou les plus torrides la nuit. Pour rester précis, nous faisons des moyennes des minimales, des moyennes des maximales, et des moyennes de la journée.»


Côteaux du domaine Château Bellevue-La Forêt au cœur du Frontonnais./Photo DDM,Fleur Olagnier

Des raisons anthropiques
Mais les raisons naturelles ne suffisent pas à expliquer ces variations. L'homme a un rôle déterminant dans ces changements. En ville par exemple, on constate des îlots de chaleur dus à l'activité humaine et industrielle. Ce phénomène se traduit surtout la nuit par des températures plus élevées par rapport à la campagne environnante. Un écart qui peut être de 4-5 à 8-10 degrés. Ainsi, la journée la chaleur est absorbée par les matériaux, notamment par le bitume des routes et la brique des bâtiments. Cette énergie solaire, une fois relâchée à la nuit tombée, empêche le refroidissement de l'atmosphère nocturne. Il se crée une bulle de chaleur dans la ville.

Des raisons architecturales
Le centre-ville toulousain est très dense, avec des rues étroites qui permettent une atténuation de la chaleur en journée. Mais a contrario, il limite aussi les courants d'air. On assiste ainsi parfois à un effet d'inertie. Pour remédier à ces phénomènes de surchauffe, la végétalisation des espaces reste une arme indispensable. Depuis quelques années, les politiques en ont d'ailleurs fait une priorité.


Publié le 31/07/2016 à 07:32    | La Dépêche du Midi |

Il prend la température depuis 1984

 /Photo illustration DDM archives, Marc Salvet

32 ans déjà, que Jean-Louis Serin un féru de météorologie relève la température. Tombé dans les sciences du climat depuis son enfance, c'est le baromètre de son pharmacien qui a suscité sa passion. «Cet engin me fascinait… et puis les chandelles de glace avec laquelle je jouais petit.» À l'époque, il n'y a pas d'école de météorologie à Toulouse. Alors, il se forme à sa manière. Dessinateur, il passe un concours d'ingénieur, puis s'occupe du déneigement dans un service hivernal. «J'ai aussi intégré la direction régionale de l'environnement où je m'occupais des relevés des crues sur le bassin de Haute-Garonne. J'ai aussi géré le réseau des autoroutes et les bulletins aéronautiques. Dans son jardin, il a installé un poste météorologique. Il consigne quotidiennement ses observations dans un carnet. 

«J'en ai une pile, je ne sais plus où les mettre. Je mesure chaque jour la température et les précipitations, et cela depuis 1984. Mon pluviomètre peut récupérer jusqu'à 200 mm, ce qui représente 200 L d'eau au m2. Mais cela n'arrive jamais. Le record a été de 90 ml en trois quarts d'heure. Mon jardin était inondé.» Lorsqu'il neige, il mesure aussi la hauteur du manteau grâce à une planchette. Il fait fondre la neige accumulée dans le pluviomètre pour mesurer la quantité d'eau de neige fondue. Une tâche rigoureuse et contraignante, puisque Jean-Louis n'a pas le droit de s'absenter trop longtemps, au risque de fausser les observations. «C'est la durée qui est déterminante dans les mesures. Il faut mesurer longtemps et au même endroit.» 

À cause de ces contraintes, les bénévoles sont en baisse. Ils ne sont plus que 28 en Haute-Garonne. «Auparavant, les connaisseurs, les pompiers, les moines, ou encore les agriculteurs, s'en occupaient. Mais aujourd'hui, ils ne le font plus. On essaie de nous remplacer par des stations automatiques mais le coût de la maintenance est important. Rien ne vaut nos yeux.» Sur le réchauffement climatique, les siens restent sceptiques. «On parle de réchauffement climatique pour tout et rien. Le climat n'est fait que de variations. Au Moyen-Âge les températures étaient beaucoup plus extrêmes.» Il est difficile de faire des comparaisons, car on ne dispose que de peu de données avant 1900. Mais peut-être que grâce à nos observations méticuleuses, les générations futures pourront enfin répondre à la question : «L'homme est-il responsable du réchauffement climatique ?».

Le chiffre : 31,8  degrés> à Toulouse. C'est le record de chaleur enregistré pendant l'année 2006 sur Toulouse, pendant les 3 premières semaines du mois de juillet ( moyenne des températures maximales quotidiennes relevées), depuis 1981.


Publié le 31/07/2016 à 10:32  | La Dépêche du Midi |

"Depuis 1990, on a vraiment franchi un cap"


Pascal Boureau, prévisionniste climatologue au centre départemental Météo-France de la Haute Garonne / Photo DDM

Quel est votre rôle en tant que climatologue ?
Je suis en lien avec les observateurs bénévoles de la région, dont Jean-Louis Serin sur Castelginest. Ils nous font des remontées d'informations suite à leurs observations quotidiennes. Ils nous renseignent sur les températures, les mesures de vent et de précipitations relevées mais aussi nous décrivent le temps observé dans la journée. Mont travail consiste à regrouper tous ces relevés ainsi que ceux des sept stations automatiques de la Haute-Garonne, et d'en faire une synthèse. Ainsi, je peux proposer un bilan climatique mensuel qui sera transmis à différents interlocuteurs et sur différents supports. Depuis quelque temps, on assiste à une informatisation de nos activités. Avant, nos bulletins étaient transmis par courriers, aujourd'hui on communique via le web et par mail.

Selon vos constats, le réchauffement climatique relève plutôt du mythe ou de la réalité ?
On constate réellement une augmentation de la température sur la région Midi-Pyrénées, mais aussi au niveau national. Si on regarde les moyennes de température quotidiennes sur les cinq à dix dernières années, on observe systématiquement plus de records de chaleur, que de records de froid. Progressivement, la température grimpe. L'alerte est bien réelle. Il est important d'agir pour limiter les dégâts de ce réchauffement.

Pensez-vous que l'homme soit à l'origine de cette hausse des températures ?
Oui, il y a un impact humain très, très net. Depuis 1990 on a vraiment franchi un cap. L'homme, de par ses activités industrielles est à l'origine de cette escalade des températures. On ne peut nier les conséquences de nos modes de vie.

Peut-on espérer une amélioration de cette situation alarmante ?
Je suis persuadé qu'on peut y remédier si on y met les moyens. Si on réduit de façon draconienne les gaz à effet de serre, on devrait pouvoir inverser la courbe et retrouver des températures, plus «normales».

Partagez sur les réseaux sociaux

Catégories

Autres publications pouvant vous intéresser :

Commentaires :

Laisser un commentaire
Aucun commentaire n'a été laissé pour le moment... Soyez le premier !
 



Créer un site
Créer un site