30/1/2016 Dictada Occitana à Castres : Écrivons l'occitan

Publié le 25/01/2016 à 08:35  | La Dépêche du Midi |  J.-M.G. et Pèire Thouy

Dictada Occitana : ce sera un texte écrit par une femme

Yves Carrier, président du centre occitan et Bernard Vernières./ Photo DDM, JMG

Ce samedi à partir de 14h30 à la salle Louisa-Paulin à Castres, la 19e Dictada Occitana propose à tous ceux qui ont du plaisir à pratiquer la langue d'Oc un défi toujours aussi sympathique. L'organisation générale de cette épreuve inventée par le centre occitan du pays castrais et repris maintenant dans près de cinquante villes (et même en Catalogne) est toujours identique. Un texte simple, tiré d'un ouvrage régional, est utilisé comme support à la dictée saucissonnée en quatre morceaux. Le premier, très court, est destiné aux écoliers, le second aux collégiens, le troisième aux lycéens et la totale aux adultes.

Pour coller à l'actualité du moment, c'est dans le livre tout récemment édité par l'IEO «Escriches de Femnas tarnesas»que seront tirés les extraits de la Dictada. Ce reccueil de textes, poésies, nouvelles ...etc a été rassemblé par Ramon Ginolhac de Puygouzon et qui participe au Cercle Occitan d'Albi. Il s'agit de textes écrits en occitan provenant d'auteures tarnaises, certains déjà publiés, entre 1638 et 2015. Certains de ces écrits de qualité sont inédits ou davantage connus comme Louisa Paulin par exemple...


La leçon de Peire Thouy


Peire Touy / Photo DDM

Ancien professeur d'occitan (entre autres), Peire Touy nous propose chaque année une petite leçon d'écriture en occitan pour réviser avant la dictada. 
Passer de l'oral à l'écrit, en Occitan, c'est avant tout une affaire de sons et de conventions. En attendant la Dictada, la Dépêche propose d'aborder chaque jour, avec Pèire Thouy, quelques mots, une expression, pour apprendre de façon sympathique ces règles inhérentes à la lenga del país. Cette année, le thème est orienté cap al bestial, vers le bétail, tant Homme et bêtes se sont côtoyés et se sont parlés… en occitan !

Lo Caval


Diligence de Lacaune / CPA

Impossible de ne pas commencer par la plus noble des conquêtes de l'Homme pour expliquer qu'en occitan, le a dans le corps d'un mot se prononce /a/ : évident ? Ce n'est pourtant pas le cas dans toutes les langues (de… veau, par exemple). Le o est fermé et se prononce /ou/. Voilà per las vocalas, pour les voyelles. Quant à la consonne v, comme dans plusieurs langues romanes, elle se prononce dans notre région /b/. On prononcera donc /lou cabal/. Sous l'influence du français, certains utilisent la forme chaval, prononcée /tsabal/. Ces deux termes sont devenus patronymes : Cabal et Chabal sont des noms de famille connus en país tarnés.

Pas de problème orthographique pour le genre féminin puisqu'on se contente d'ajouter un –a ; quant au pluriel, il suffit d'ajouter un –s : la cavala sera donc la jument que podrà polinar, et los cavals, les chevaux. À noter que le –a final est prononcé /o/ très atténué, sauf dans les mots d'une syllabe où il garde le son /a/ : /la cabalo/. A l'enfant sur vos genoux, vous pourrez en le faisant sauter, lui chanter «arri, arri cavalon, de Castras a Boisseson, arri, arri cavalet de Castras a MasAmet » et ainsi lui apprendre les diminutifs. Quant aux cavalièrs, monteurs ou propriétaires de chevaux, ils étaient nombreux : en attestent le nom de famille souvent transcrit Cavaillès. Qu'il soit alasan, patacat o baiard, alezan, pommelé ou bai, un caval pòt anar lo pas, trotar o galaupar. 

Si le o fermé se prononce /ou/, le ò, ouvert, surmonté d'un accent grave, s'entend /ô/ très sonore. Quant à la diphtongue au, elle sera prononcée /aou/. Un caval peut aussi se cabrer ou ruer, se cabrar o petnar, /sé cabra ou pen'na/, le r final ne se prononçant pas. Si la camba te fa mal, inutile de ronger ton frein ou de prendre le mors aux dents, bota sèla a ton caval ! Je vous souhaite en tous cas, de cambiar pas un caval bòrni per un caval òrb, ne pas changer un cheval borgne contre un aveugle, c'est-à-dire de ne pas faire de mauvaises affaires. Bona Annada !


Publié le 26/01/2016 à 03:49   | La Dépêche du Midi |  

Dictada occitana : L'ase


Lacaunais et leur âne / CPA

L'Ase Passer d'ase à asin en occitan demeure plus simple que de passer d'âne à asin en français, même si l'on sait que l'accent circonflexe remplace un s. L'âne, /l'azé/, a laissé quelques souvenirs scolaires désagréables à certains : même si vous avez porté son bonnet, ce n'est pas une raison pour lui faire porter le chapeau, lo capèl Réparons l'injustice faite à cet animal, un des plus intelligents. En occitan, l'ase désigne aussi l'esprit, le cerveau. D'une personne intelligente, on dit «n'a dins l'ase», il en a dans la cervelle. Aussi quand on coiffait un élèvedu célèbre bonnet, c'était pour l'élever, lui transmettre l'intelligence de l'âne. La vergonha, la honte, et la trufariá, la moquerie, que certains ont engendrées, n'étaient dues en fait qu'à leur propre ignorance. 

Voilà justice rendue ou lo còp de pè de l'ase, la vengeance tardive. La femèla, l'asena ou la sauma, /aséno, saoumo/, peut donner naissance à un asenet Bien sûr, certains le traiteront de borricòt, comme on pourrait traiter de borric, l'âne, et de borrica, l'ânesse. Quoiqu'il en soit, la saumada était la charge d'une bête de somme ou encore l'ensemble du troupeau, et la saumièra, l'étable à ânes. Quant à l'asinièr, il s'occupait des ânes et il y a à Castres, la rue de la Lazinière, dont le sens peut échapper : agglutination, doublement de l'article, erreur orthographique, empêchent de lire la carrièra (rue) de l'asinièra, plus suggestive. L'âne peut être bâté, bastat Voilà d'autres palancas intéressantes : passer de l'accent circonflexe, qui n'existe pas en occitan, au s, et du –é français au –at occitan et ainsi jouer de pêche à pesca, de faculté à facultat ou de chanté à cantat Alors, l'occitan facile à écrire ? Òc, oui, mais comme toujours, à condition de se rappeler que cal pas bastar l'ase pel cuol, qu'il ne faut pas mal s'y prendre…


Publié le 27/01/2016 à 03:52   | La Dépêche du Midi |  

La vaca

Vaches paissant à la Métairie Ronde - Réalmont / CPA

Vous entendez /la baco/ et vous écrivez «la vaca» : normal, vous avez retenu que le a dans le corps d'un mot et dans les mots d'une syllabe se prononce /a/ mais /o/ très adouci lorsqu'il est en fin de mot, et que v s'entend /b/ en languedocien comme en castillan. Il existe des palanquetas, passerelles entre occitan et français, telles que le e final français donne le a final occitan et que le ch donne le c ou le qu, il vous sera donc facile de passer de vaca à vache ou de vachette à vaqueta Cela vous offre sans effort un vocabulaire important et ne serez pas obligés de donner votre langue… al cat De même, du –eau français, vous passerez à –èl occitan et on ne vous fera plus porter le chapeau mais lo capèl.

Et quand la vache vedelarà, /bédélara/, mettra bas, vous aurez un vedèl ou una vedèla là où le français a un veau ou une vêle. Logique et donc simple, l'occitan. Adieu, vedèl, vaca… bonjour lo buòu, le bœuf. Buòu comme uòu, œuf, est formé d'une triphtongue, voyelle complexe dont le timbre se modifie deux fois, originalité occitane qui n'existe pas en français. On prononce /üôou, buôou/. En dérivent le patronyme Biau et le toponyme BramaBiau. Et dans la vie rurale d'autrefois, lo boièr, le bouvier qui savait conduire les bœufs, avait dans la hiérarchie sociale une place plus enviable que lo vaquièr, le simple gardien de vaches. En atteste le nom de famille Boyer, plus fréquent que Vaquier. 

L'étable à bœufs était la boal, /boual/, terme que l'on retrouve à Dourgne, à Brassac… Dans la famille bestial banut, bêtes à cornes, si vous demandez le père, vous aurez lo taure La diphtongue au se prononce /aou/ et comme il n'y a pas de e muet en occitan, vous entendrez /lou taouré/ Avec la palanqueta, vous passerez du diminutif taurèl à taureau, un jeune que l'on qualifie de brau en raison de sa… bravoure. Olé ! Cela peut paraitre olé olé, mais je m'y risque : anem las vacas, allez les vaches ! À lait !


Publié le 28/01/2016 à 08:13   | La Dépêche du Midi |  

Lo Pòrc


Fileuses et leurs porcs / CPA

Aquí, passam al bestial menut, là nous passons au petit bétail, avec le porc. Y a-t-il un animal plus voisin de l'Homme ? Es per aquò que la plus grande fête de l'année, était pour beaucoup la fèsta porcala, ces quelques jours d'hiver où on réunissait parents et amis per far masèl, pour tuer le porc, le plus souvent un cochon, puis le découper et le transformer en carn còita, charcuterie, et carn salada, salaison. Souvent apalhat, /apalliat/, le lh est équivalent au –ill français, élévé sur de la paille, dins la porcatièra ou la sot, car située sous la maison d'habitation, nourri avec les restes de repas, eaux de vaisselle et grains, lo Ministre, c'est ainsi qu'on l'appelait quand on le sortait pour le conduire sur le lieu de la tuerie où l'attendait lo maselièr, était respecté. 

La porcada, l'ensemble des porcins, comprend lo verre, /lou bérré/, le verrat, et la truèja ou la maura, la truie, qu'en français, on nomme souvent coche dont est issu le diminutif cochon. C'est dire tout le vocabulaire riche et adapté à la taille de la bête : ainsi distinguait-on lo porcàs, /lou pourcass/, le à ouvert, indiqué par l'accent grave, se prononçant a. Ce terme désignait lo verre en raison de sa taille supérieure. Puis il y avait lo pòrc, puis lo porcèl, /poussèl/, lo porcelet et enfin lo tesson, /téssou/, le cochon de lait. Tout pouvait se mettre au féminin : la porcassa, grosse truie, la pòrca, la porcèla, la porceleta… La maura la fasiam porquir, la truie on la faisait saillir, puis au bout de cent-quinze jours, porcelava, elle mettait bas. Quantas fèstas porcalas a venir ! 

Mon pepin mairal, /moun pépi maïral/, mon pépé côté maternel, sabiá maselar e comandar la còla maselièra, il savait tuer le cochon et commander l'équipe charcutière, mais mon pepin pairal, pépé côté paternel, que s'i entendiá coma un pòrc a ratar, qui était incompétent, rodava coma un pòrc malaut, ne savait où se rabattre. Bref… a cadun son pepin !

  
Publié le 29/01/2016 à 08:34   | La Dépêche du Midi |

La cabra


Troupeau de chèvres à Puycelsi / CPA

Vous avez entendu /la cabro/ et vous vous êtes souvenu que le son /o/ très adouci à la fin d'un mot de plusieurs syllabes, s'écrivait a et correspondait au e français, caractérisant le féminin.

Dans la région, les gens font subir au mot une métathèse et disent la craba, idem pour la cambra qui devient cramba ou comprar, acheter, qui devient crompar, prononcé /croumpa/ puisque le r final ne se prononce pas et que le o fermé se prononce /ou/. Ainsi le toponyme Crabié, lo crabièr étant le chevrier, côtoie Mont Cabrier. D'autres noms de lieux, Cabrières, Cabrespine, Cabrilles, attestent de la présence de cet animal du pauvre qui fournit le lait dont on fait le cabecon, déformation pour raison d'euphonie de cabrecon, /cabrécou/ le n final ne se prononçant pas. 

Si le petit, une fois que la cabra a cabridat, est le cabrit ou crabit, lo mascle, le mâle, comme en français a un nom différent, lo boc Et pour son odeur puante, on dit qu'il «embocana», /émboucano/. Mais ne dites pas à une chevrière que son cabecon embocana, la fariètz venir cabra, vous la feriez sortir de ses gonds ! Vau sautar de la cabra al perièr, ce qu'en français on traduit «je vais passer du coq à l'âne», parce que ai d'autras cabras de mólzer, /mouzzé /, j'ai d'autres chats à fouetter. Ces deux locutions illustrent de belle manière le fait que chaque langue véhicule une pensée, base de culture. 

Pour désigner la femelle du chevreuil, lo caçaire tarnés a souvent quelque difficulté, parlant de chèvre, voire de biche. En occitan, lo cabròl , le chevreuil, a pour femelle la cabròla et pour petits, cabrolets ou cabroletas tandis que la femelle du cèrvi, le cerf, est la cèrvia Plongez dans le dictionnaire occitan, faretz una escapada, vous vous évaderez mais attention, ne faites pas coma la cabra de Monsur Seguin, /dé Mossu Ségui/, paratz-vos del lop, /parass-bous dél loup/, protégez-vous du loup !

  
Publié le 30/01/2016 à 08:39   | La Dépêche du Midi |

Lo monton


Foire aux moutons à Orban / CPA

Le n final ne se prononçant pas et le o étant fermé, se prononçant /ou/, vous direz /lou moutou/. Moton, mouton, est le nom générique : lo mascle, le mâle, est appelé lo marre ou lo marran À ne pas confondre avec le signe zodiacal du bélier, aries en latin, qui a donné en catalan àries et en occitan aret avec un t final bien sonore. Quant à la femèla, la brebis, on parlera de feda, à ne pas confondre avec la fada, la fée. Elle peut anhelar, c'est-à-dire donner naissance à un anhèl Le nh occitan est l'équivalent du gn français ou du ny catalan : on prononcera donc /agnèl/, /agnèla/. On donne au nouveau-né le nom de fedon, /fédou/ que l'on utilise pour désigner un homme au caractère doux mais aussi un poltron.

Les toponymes fédial ou fédarié, bergerie, attestent de la présence de moutons al país castrés À noter que dans certaines régions, Pyrénées notamment, le mot feda fait place à celui d'o(v)èlha qui a donné «ouailles» en français. L'amontanhatge, /l'amountagnatsé/, la transhumance, se faisait pels tropèls, ramats ou escabòts, troupeaux, de notre région vers les montagnes audoises ou ariégeoises. (...) E se ne volètz saber mai, et si vous voulez en savoir plus, corrissètz coma las fedas a la sal, précipitez-vous, à la Dictada occitana.

Château et ferme de Puycalvel / CPA

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janvier 2016


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