19/11/2015 Grand Sud - Postes frontières : Le Perthus

Publié le 12/11/2015 à 07:50   | La Dépêche du Midi |  Pierre Challier

Petite nostalgie des postes frontières...


Durant un mois, les policiers reprennent les contrôles, qui seront stricts du 25 au 29 novembre et du 8 au 12 décembre. / Photos DDM, P.C.

Le cri du cœur… Alors, comme ça, on remet en place le contrôle aux frontières ? «Tant mieux !», s'exclame Éric Rodriguez derrière son présentoir de pâtisseries. Le Perthus, veille de 11-Novembre… Tout à l'heure, la préfète des Pyrénées-Orientales a justement fait le point sur le dispositif à quelques centaines de mètres du village et découvert la mise en place des postes provisoires sur la plateforme autoroutière de l'A9…

La police des frontières, la douane, les gendarmes de retour dans le paysage pour de nouveau dire «Papiers, s'il vous plaît» à tous ceux qui arriveront d'Espagne, du Pays Basque à la Catalogne : une règle de 13 facile à retenir. Puisque ce sera du 13 novembre, 13 heures au 13 décembre, 13 heures, a-t-elle résumé… La COP 21 avec pour éventuelle perspective le retour du fameux bouchon du Perthus, sur l'A9 comme au village ? Question posée au premier commerçant croisé en suivant…

Plutôt une bonne nouvelle, reprend donc Éric. Parce que «c'est mieux pour la sécurité, bien sûr». Mais surtout parce que… «quand les gens sont arrêtés, j'ai plus de monde, ils ne veulent pas rester dans les voitures et viennent se consoler avec un sandwich ou une pâtisserie», sourit cet ancien marin-pêcheur reconverti boulanger depuis quatre mois.



Seulement voilà… Vu que lui est en haut et le poste en bas, que les contrôles se feront dans le sens Espagne-France et vu la saison creuse… «ça ne devrait pas changer grand-chose», tempère son voisin, Paul. Qui espère surtout que «ça fera partir les vendeurs à la sauvette car ils font fuir les gens».

Mais semblent surtout constamment illustrer combien Le Perthus, «ce n'est plus comme avant». Du temps de sa légende. Du temps où les touristes s'arrêtaient obligatoirement à la frontière. Du temps où rien ne leur rappelait la mauvaise conscience de la Retirada, mais tout le bonheur des apéros au pastaga sur la Costa Brava. Du temps où l'on sirotait en chantant E Viva España avec Georgette Plana. Du temps d'avant l'autoroute, d'avant les supermarchés et les bordels de La Jonquera.D'avant la fermeture des postes...



«La porte ouverte à tout»
Sur les étagères du bar Morini, les bouteilles de Saint-Raphaël, de Guignolet, d'Ambassadeur ou de Byrrh témoignent encore de cette époque et derrière son superbe comptoir rouge, Laurent Taulera, 41 ans de Perthus au compteur, résume. «Avec l'ouverture de l'A9, en 1976, la baisse a commencé.» Le retour du contrôle à la frontière ? «Il en faudrait plus des contrôles ! ça dissuaderait les vendeurs à la sauvette. Ils font semblant de proposer des lunettes, des montres, mais en fait, ils vendent du shit jusque devant l'école de mon petit-fils !», insiste-t-il, lui aussi. «On n'aurait d'ailleurs jamais dû l'enlever le contrôle, c'est la porte ouverte à tout, côté espagnol, la drogue sur le trottoir et personne ne dit rien», renchérit sa belle-sœur Danielle, patronne de l'établissement.

Vitrines fermées à droite en descendant côté français, commerces espagnols ouverts à gauche… Vendeuse de parfums, Estafania fait le même constat. «Un vrai problème, ils sont des dizaines et essayent même de planquer leurs barrettes dans les magasins». Alors revoir patrouiller des uniformes bleus… ça ne nuira pas aux affaires. «Pas très bonnes de toute façon», constate Carme, responsable du supermarché Cerdana juste derrière les postes de contrôle. Jonquère + crise = «ça plonge depuis deux ans. 



Et puis il y a les vols d'alcool, de charcuterie et que le bon»  explique Carme. «Français ou autres, jeunes, vieux, dames bien comme il faut», énumère-t-elle pour «environ 20 000 € perdus l'an dernier». «C'est l'impression d'impunité qui énerve alors qu'avant, avec la présence visible de la police, de la douane, ce n'était pas pensable», s'accordent-ils tous. Mais quant à remettre en cause Schengen... Là n'est pas la question. «Les gens circulant plus librement, les flux sont plus importants», rappelle ainsi l'un d'eux. De fait, autre chose qu'une simple nostalgie de «l'ordre» qui s'exprime. Plus profond.

Les contrôles, c'est la vie…
Témoin Jacques Dalmau, devant son magasin la Roumaguère à Cerbère, dernière commune sur la panoramique route côtière, D914 s'achevant au col des Balistres.Racines catalanes de chaque côté de la frontière, lui aussi se réjouit de ce retour provisoire de la police. «Car j'espère que ça va nous rapporter un peu de vie, ici… Restos, commerces, avant on était habitués à travailler avec les douaniers, la PAF. Non, on n'a pas de sentiment d'insécurité, pas de problème de migrants, mais oui, je suis un peu nostalgique de l'époque où l'on s'arrêtait à la douane.» Puisqu'était justement là la fortune de Cerbère.



«Ce 11-Novembre, nous rappelle qu'il faut nous mobiliser contre toutes les formes de racisme, d'antisémitisme, d'intolérance», rappelle ce mercredi matin Jean-Claude Portella, maire de la commune, devant le monument aux morts des cheminots, près de la gare déserte et symbole même de ce qu'était la frontière et de ce qu'elle est devenue. «Il y avait plus de 500 personnes, aujourd'hui, ils sont 38 pour l'exploitation. Cerbère, c'était 26 familles de douaniers, 40 policiers de la PAF, 35 transitaires, jusqu'à 2 600 habitants. On est à 1 500 aujourd'hui», décompte-t-il.

«On a rétabli l'eau et l'électricité»
L'État qui remontre ses muscles pour un mois sur les voies ferroviaires et au col des Balistres ? «On a rétabli l'eau et l'électricité au poste», dit le maire. Désolé quant à l'image dégradée de ce bien public depuis que le même état s'en est retiré, marquant désormais l'entrée sur le territoire d'une «bienvenue» en forme d'abandon.



Bâtiments tagués, grilles fermées… «à l'époque on avait prévenu qu'il faudrait conserver les postes en état, au cas où…», vous a glissé la veille un policier, à voix basse, devant les aubettes cassées du Perthus… Ici, la commune a préempté l'ancien poste de douane-police «pour préserver ce lieu symbolique», mais elle peine à trouver des partenaires pour tout ravaler et y monter son projet de musée. Sur le poste de police, un bombage clame «Abajos las fronteras». Kilomètres de petites routes perdues, à présent. Plus loin de l'autre côté du Perthus, le col de Manrella, borne frontière 559, monument à la mémoire du président de la République espagnole dont l'exil commença là en février 1939. «Vous savez, ici, si on veut vraiment passer…» cligne un vieux Catalan, au pied de la route.

Photos : Le poste des douanes françaises du Perthus au cours du XXème siècle / CPA
 
 

 
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