27/1/2015 30 ans de consommation à la loupe

   30 ans de consommation à la loupe   

Publié le 24/01/2015 à 07:16   | La Dépêche du Midi |


   L'édito du jour  -  Marie-Louise Roubaud   



Les années

RelaxNews  /  Ferenc Cegledi/shutterstock.com

Nous avons changé en quarante ans plus que nos ancêtres ne l'ont fait en un siècle. C'est l'économiste français Jean Fourastié qui est à l'origine de l'expression «Les trente Glorieuses» qui désignent désormais pour chacun d'entre nous la période qui va de l'après-guerre jusqu'au premier choc pétrolier. C'est durant cette période, que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, que s'est accomplie l'explosion économique des pays industrialisés européens, dont le nôtre.

À cette prospérité nouvelle était associé le plein-emploi et, ce qui n'est pas négligeable, la libération des mœurs secondée par les avancées de la science. La révolution invisible de la consommation sans restriction et tous azimuts a donné le ton à une société relativement optimiste dans la mesure où, revenue du rationnement et des années de plomb de l'Occupation elle goûtait en toute liberté les saveurs de l'abondance y compris dans l'espace modeste des cuisines équipées en «formica»… puis en teck façon scandinave.


Les «vrais» boulangers-pâtissiers se font de moins en moins nombreux…/Photo DDM Morad Cherchari

Il faut avoir vu, un jour dans sa vie, les étals décharnés et misérables des magasins des pays de l'Est, à l'époque de la Guerre froide et du rideau de fer, pour être sensible aux prosaïques beautés occidentales de la moindre supérette de village, où, du café à la lessive, en passant par le shampoing et le dentifrice, on peut, à pas d'heure, trouver de quoi contenter ses envies.

Le passé est toujours revisité sous des couleurs euphorisantes, aussi les «Trente Glorieuses» se profilent derrière nous comme une sorte d'Eden où les dieux de la consommation donnaient gratuitement à celui qui avait soif «l'eau de la source vie». Cette saison lyrique a cessé d'être et le troisième millénaire qui n'est pas avare en biens de toutes sortes a engendré une nouvelle race de consommateurs. Pour qui justement les biens de première nécessité ont changé de nature.


L'eau du robinet coûte plus cher. / Photo illustration DDM, Laurent Dard.

Nos enfants trouvent naturel et même terriblement banal de manger du petit-déjeuner au souper, du chocolat, des oranges et des bananes… et d'avoir trois télévisions à disposition. C'est que les biens de consommation courante et les objets du confort ménager coûtent moins cher aujourd'hui qu'hier ainsi que nous le confirment les enquêteurs de l'UFC-Que Choisir qui ont examiné à la loupe trente ans de consommation. Mais ce n'est pas parce que nous mangeons mieux, et que nous nous divertissons mieux, que nous avons le sentiment d'aller mieux. Le fait que le logement devienne hors de prix ne peut qu'aviver le sentiment d'insécurité provoqué par les traumatismes collectifs de ce début d'année. Avoir un toit sur sa tête ne va pas de soi. L'autre luxe du futur dont le prix est à la hausse ? L'eau bien sûr, l'or bleu de demain, même chez nous. Ainsi avançons-nous avec scepticisme sur les chemins incertains du progrès.


Publié le 24/01/2015 à 07:24  | La Dépêche du Midi |  Gil Bousquet

30 ans de consommation à la loupe


Évolution des prix sur 30 ans -1- / Infographie DDM

L'association de consommateurs UFC Que Choisir vient de publier un baromètre des prix sur trente ans. Un détail à la loupe des tarifs pratiqués entre 1984 et aujourd'hui qui révèle des hausses spectaculaires mais aussi des baisses parfois inattendues.

Le pouvoir d'achat reste avec le chômage l'une des premières préoccupations des ménages français. Mois après mois, le panier des consommateurs semble subir l'érosion du budget. C'est en tout cas le ressenti, souvent confirmé dans les faits, des Français.

Pourtant plusieurs gouvernements européens agitent le spectre de la déflation avec des prix qui ont reculé de 0,2 % en Europe au mois de décembre. Une première depuis cinq ans. Pour mettre en perspective cette double réalité, l'association de consommateurs «UFC Que choisir» a souhaité étudier l'évolution des prix à la consommation sur trente ans, de 1984 à 2014. L'occasion de se rendre compte que les dépenses pour le logement ont littéralement explosé : il faut désormais dix ans de plus qu'en 1984 pour acquérir un logement à Paris et 4,6 ans de plus pour s'offrir une maison en province (voir infographie page 3).


Évolution des prix sur 30 ans -2- / Infographie DDM

Le prix de la baguette n'a pas augmenté…
L'association a comparé les variations de prix à celles des salaires nets moyens annuels en France entre 1984 (12 255 euros) et 2014 (26 267 euros), pour déterminer le temps de travail nécessaire pour acquérir certains produits. Une astuce qui permet de comparer les prix sur cette très longue période de trente ans et qui a le mérite de parler à tout le monde. L'étude a ainsi noté que le coût de la baguette de pain, dont les prix ont pourtant grimpé sur la période, n'a pas entamé le pouvoir d'achat des Français : il faut toujours trois minutes de travail pour l'acquérir. C'est dans l'équipement du foyer et les produits technologiques que l'augmentation du pouvoir d'achat est la plus marquée, les prix ayant littéralement fondu en trente ans. Alors qu'il fallait quinze jours de travail pour s'offrir un réfrigérateur en 1984, il n'en faut plus que six en 2014. La variation est la même pour une télévision.

Si certains produits ont bénéficié de baisses incontestables, l'UFC Que Choisir note que les familles consomment de plus en plus de services qui n'existaient pas en 1984 comme les abonnements de téléphones portables ou internet alors que les assurances automobile et habitation ont, elles, bien augmenté.

Se loger coûte plus cher qu'il y a trente ans / Photo illustration DDM DR

…mais l'eau en forte hausse
L'autre grande surprise de cette étude reste la flambée du prix de l'eau. La facture a littéralement explosé. En 1984, il fallait 17 heures de travail pour s'offrir une consommation d'eau de 120 m3. En 2014, il en fallait près du double avec 31 heures ! Les nouvelles normes environnementales et la remise à niveau des réseaux seraient les principales causes avancées pour expliquer cette flambée. Cette étude servira d'argument à une profession : les médecins libéraux. En effet, le coût d'une consultation est passé d'1 h 13 à 1 h 24 soit à peine dix minutes de plus en trente ans. Ces derniers réclament actuellement une revalorisation de la consultation «la plus faible d'Europe».


Publié le 24/01/2015 à 07:20  | La Dépêche du Midi |

Le passage à l'euro vécu comme une hausse des prix


Avant l'euro, le café coûtait moins de 5 francs./ Photo DDM

Adieu le franc, bonjour l'euro ! C'était en 2002, voilà désormais treize ans, la monnaie unique faisait son entrée dans onze pays du Vieux Continent. Et depuis l'instauration de l'euro, rien n'enlèvera de l'idée des consommateurs qu'ils ont perdu en pouvoir d'achat. Alors que les gouvernements de tous les pays de l'Union monétaire avaient assuré qu'il n'y aurait pas de flambée lors du passage à la monnaie commune, le sentiment des consommateurs était tout autre. «Les relevés de prix que nous avons pu réaliser avant et après le 1er janvier 2002 ont montré une réelle stabilité pendant la période de statu quo où les contrôles des prix étaient nombreux. Mais, il est vrai qu'après cette transition, les arrondis des prix ont été réalisés en faveur des commerçants» relate Grégory Caret de l'UFC Que Choisir.

Le café en hausse de 45 %
On peut comprendre les ménages car leur ressenti semble bien reposer sur une réalité. En effet, selon les relevés de prix de l'UFC Que Choisir du mois de janvier 2012, une baguette de pain ordinaire, qui coûtait 4,39 francs soit 67 centimes d'euros avant l'euro, coûte désormais 85 centimes : une augmentation de 27 %. Le café au comptoir, s'affichait à 4,98 francs (76 centimes), contre 1,10 euro, soit 45 % de hausse. Des augmentations que la seule inflation et la flambée des matières premières n'expliquent pas. D'autant que lorsque le quintal de blé a rechuté, le prix de la baguette, lui, n‘a pas reculé. Les artisans boulangers expliquant que c'était désormais l'énergie (gaz, électricité) pour faire chauffer leur four qui augmentait à son tour. En économie, ce phénomène s'appelle l'effet cliquet, qui empêche tout retour en arrière.


Près de 6 millions de ménages en situation de "vulnérabilité énergétique" RelaxNews  /  DDM baranq /shutterstock.com

Pourtant les économistes sont formels, l'inflation après l'entrée en vigueur de l'euro n'a pas été plus forte qu'auparavant. D'où vient alors cette perception ? L'UFC Que Choisir avance une explication. Si le pouvoir d'achat des ménages n'a pas diminué, c'est leur reste à vivre qui a été amputé. En effet, en 2010 les dépenses pré-engagées c'est-à-dire incompressibles (assurance, logement) représentaient 27,8 % de leur revenu disponible brut, contre 26,6 % en 2001. Internet, téléphone mobile ont grignoté la part du revenu dédiée à la consommation de tous les jours.


Publié le 24/01/2015 à 07:22  | La Dépêche du Midi |  Recueilli par G.B. et Guillaume Atchouel

«Les dépenses de logement ont explosé»


Grégory Caret, directeur de l'observatoire de la consommation de l'UFC Expert / Photo DDM

Pourquoi avoir épluché les prix sur une période de trente ans de 1984 à 2014 ?
Tout simplement parce qu'en 1984, l'UFC-Que choisir a débuté ses relevés de prix dans les grandes surfaces. Pour les trente ans, il nous est apparu intéressant d'étudier l'évolution des prix que nous avons rapportée au salaire horaire afin de pouvoir comparer facilement. Si certains produits ne cessent de baisser depuis trente ans notamment dans le domaine de la technologie, les ménages consomment de plus en plus de services qui ont pris une part importante dans leur budget familial.

Quels sont les grands enseignements que vous tirez de cette étude ?
Tout d'abord, les habitudes de consommation des Français ont beaucoup évolué. Nous consommons moins de produits alimentaires, moins de textile et d'habillement mais le logement prend une place de plus en plus importante : il reste plus que jamais le poste n° 1 de dépenses d'un ménage. Les loisirs dans lesquels on classe notamment les télécoms, internet ont vu leur part augmenter… L'achat automobile a relativement peu augmenté. En revanche tous les services autour du véhicule comme le parking, l'assurance ou l'entretien sont devenus plus chers.


/Photo d'illustration DDM

Diriez-vous que le pouvoir d'achat des Français a diminué ou augmenté en trente ans ?
Il est évident que le revenu moyen a progressé : la France et ses habitants se sont un peu plus enrichis sur la période. Nos dépenses de consommation et de biens de première nécessité représentent une part plus faible mais des dépenses comme celles du logement ont explosé et sont même devenues prohibitives. De plus en plus de ménages ne peuvent plus devenir propriétaires de leur logement. Le remboursement immobilier devient le premier poste de dépense et le reste à vivre, lui, a diminué. Des dépenses incompressibles qui n'existaient pas en 1984 viennent immobiliser une part de plus en plus importante du budget familial. Par exemple, dans un foyer il n'est pas rare d'avoir à payer trois voire quatre abonnements de téléphones portables. Internet est aussi devenu indispensable.

Le développement des commerces discount, des services low cost et d'internet a-t-il contribué à faire regagner du pouvoir d'achat aux ménages ?
Entre 1984 et 2014, nous avons assisté à un changement radical des modes de consommation avec le développement de la grande distribution au détriment du petit commerce. Une tendance qui a plutôt profité aux consommateurs en raison de la guerre des prix entre enseignes. Internet, quant à lui, peut donner parfois l'illusion de prix moins chers mais ces derniers sont très évolutifs. Il est nécessaire de bien comparer, de prendre le temps d'étudier les prix avant de passer à l'achat.


Que feront les ménages français, toujours minés par un fort taux de chômage: consommer ou épargner ? / Photo DDM Fred Dufour,  AFP

Comprenez-vous le ressenti des ménages sur une perte de pouvoir d'achat ?
Bien sûr ! Nous comprenons que les Français aient du mal à boucler leur budget car ils doivent faire face à des postes de dépenses contraints sur lesquels ils ne peuvent pas vraiment arbitrer. Ce sentiment de cherté est naturel mais nous avons parfois tendance à idéaliser le passé. Il faut garder à l'esprit que dans les années 80, l'économie faisait face à une très forte inflation au-dessus de 14 % qui ruinait l'épargne par exemple.

Que révèle votre enquête ?
On s'est rendu compte que si le prix des téléviseurs a chuté de plus de moitié, nous n'achetons pas une télé tous les mois alors qu'on rembourse son emprunt immobilier mensuellement ! En 1984, la TV ne coûtait que la redevance audiovisuelle. Aujourd'hui, il faut rajouter une box, Canal +, Canalsat, Netflix, beIN Sports…

Votre avis
Avez-vous le sentiment que votre pouvoir d'achat a augmenté ou a baissé ?


En 2015, les tarifs bancaires en hausse / Photo DDM

Anne Dupuy, 72 ans, retraitée, Montauban
«Depuis que je suis à la retraite mon pouvoir d'achat a largement diminué… D'autant plus que mon mari est décédé. En ce qui concerne les produits, tout dépend des magasins, il faut bien regarder. Mais globalement, le passage à l'euro a vraiment fait grimper les prix selon moi. Par contre, je trouve que mon loyer n'est pas si cher. Je paye 500 euros pour 70 m2 en centre-ville alors je ne vais pas me plaindre !»

Bruno Susanne, 49 ans, chauffeur de bus, Saint-Martory (Haute-Garonne)
«Mon pouvoir d'achat a sensiblement baissé depuis le passage à l'euro. Certes, des voyages et de l'électroménager sont meilleur marché qu'avant 2002 mais les produits de consommation courante comme le pain ou les légumes ont explosé. Et puis, aujourd'hui, nous avons des dépenses nouvelles, celle d'Internet, des abonnements télé et de la téléphonie et ce n'est pas vraiment donné».


Le panier moyen des consommateurs français de nouveau en baisse en 2014 RelaxNews  /  DDM hxdyl/shutterstock.com 

Bernard Malaterre, 52 ans, pâtissier-cuisinier Albi
C'est dur de comparer, car nous n'avons pas la même vie qu'il y a 30 ans. On s'est créé des besoins qui coûtent cher, et on a du mal à s'en passer. Dans la famille, nous avons quatre téléphones portables, trois ordinateurs… Ce qui a le plus augmenté ? L'alimentaire. La baguette de pain est passée de 1 franc à 1 euro. Samedi quand j'ai fait les courses, les courgettes étaient à 3,30 € le kilo ! Jamais on n'aurait acheté des courgettes à 22 francs !

Solange Blazy, 83 ans, retraitée, Toulouse
«Tout augmente sauf les pensions et les salaires malheureusement. ça devient de plus en plus dur pour s'en sortir. Avant l'euro, je faisais bien plus de choses avec moins d'argent. Je ne sais pas si ces hausses sont uniquement la conséquence du changement de monnaie mais elles sont bien réelles. Quant aux choses qui auraient ou ont baissé comme les voyages, cela ne me concerne pas».


Publié le 24/01/2015 à 07:18  | La Dépêche du Midi |

Des achats groupés pour baisser les factures


/ Photo DDM

L'union fait la force ! C'est en partant de cette maxime de plus en plus vrai en matière de consommation que l'UFC Que choisir vient de renouveler une expérience originale d'achat groupé. Avec l'opération «gaz moins cher ensemble» qui a rassemblé 74 182 personnes inscrites, l'UFC Que choisir a réussi à négocier des tarifs de gros moins cher de 13 % par apport au tarif réglementé du kWh.

150 € d'économies à Millau
Ce tarif est fixe pendant un an à la différence du tarif réglementé qui évolue, lui, tous les mois. Concrètement, pour un abonné au gaz ayant une consommation annuelle moyenne de 20 000 kWh, l'économie sur un an par rapport au tarif réglementé, est de 141 € TTC à Lille ou Lyon, 143 € à Paris, et pas moins de 150 € à Millau. C'est Lampiris, une filiale de GDF Suez, qui a remporté cette seconde vague d'enchères inversées lancée par l'association de consommateurs. Le fournisseur de gaz gagne d'un seul coup 63 000 nouveaux abonnés.


30 ans de consommation à la loupe
/Infographie DDM

Sélection d'articles réalisée à partir du site : http://www.ladepeche.fr


La course aux bonnes affaires / Photo J-M. Mazet
 

 
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