17/10/2014 Le cuivre de Durfort

    Le cuivre de Durfort (Reportage DDM)   

Publié le 05/10/2014 à 09:54  | La Dépêche du Midi |  Vincent Vidal

Durfort (81) : L'inoxydable passion du cuivre de ce petit village



263 âmes paisibles vivent au rythme lent du Sor, de ses jolies ruelles, douillettement calées entre Sorèze et la Montagne noire. Bienvenue à Durfort. Mais la vraie fierté, le symbole dont on rabâche l'histoire au coin du feu, c'est l'or de la région, le diamant brut du bourg; c'est le cuivre. Depuis le XVe siècle, on le travaille, on le façonne, on le vend, on s'enrichit. «Le village a toujours été tourné vers l'industrie, grâce à la rivière le Sor qui coule en bordure des maisons. Les habitants ont d'abord travaillé le textile. Face à la concurrence des Flandres, ce n'était plus rentable. Alors, ils se sont mis à exploiter le filon du cuivre.» 

William Becker connaît tout de cette histoire. Employé municipal, il est aussi l'âme et le guide du musée. Très vite, grâce aux mines de ce métal précieux, qui existent sur les hauteurs, Durfort devient une place forte de la chaudronnerie. «Ici, les dinandiers utilisaient le martinet (marteau-pilon), actionné par une roue en pierre qui tournait grâce à l'énergie hydraulique du Sor» rappelle William. Les entreprises se multiplient, exportent. C'est l'âge d'or des casseroles, des marmites, des chaudrons. «Les gens venaient de loin, pour commander des pièces uniques. Les entreprises faisaient dans le haut de gamme. Il y a quarante ans, notre village était le lieu le plus visité du département. Le week-end, les ruelles, où coulent encore les rigoles qui servaient aux dinandiers pour laver leur production, étaient remplies de touristes. Petit, je ne pouvais même pas sortir mon vélo» se souvient l'employé municipal.

Journées du patrimine : Des chaudronniers chevronnés feront démonstration de leur savoir faire professionnel. / Photo DDM

«On ne pouvait même plus se garer. À cette époque, c'était le plein-emploi» sourit Michel Germain, retraité et Durfortois de naissance.
Les décennies passent, flamboyantes, heureuses. Viennent les années 70-80. Les commandes se font plus rares, la concurrence étrangère plus rude.

«Je vais prendre un simple exemple. Nos grands-parents achetaient et utilisaient des casseroles en cuivre. Nos parents s'en servent d'objets de décoration. Notre génération, elle, n'en achète plus» ose William. Les dinandiers, les uns après les autres, ferment boutiques. Aujourd'hui, il n'en reste plus qu'un. Malgré cette crise, aux pieds de la Montagne noire, on se veut positif.

Dans le luminaire, le métal est tendance. Mais la meilleure publicité, ce sont les cuisines des grands chefs . «Dans le dessin animé Ratatouille, réalisé par les Américains, les cuisiniers utilisent quoi? Des casseroles en cuivre» sourit William.


Travail du cuivre dans un atelier de dinanderie  / Photo DDM

Alain Malignon, nouveau maire de Durfort, veut redynamiser le village. «Nous avons de nombreux projets. Acheter le dernier martinet à cuivre d'Europe, qui est rangé dans un entrepôt de la commune.» Objectif : l'exposer et le faire fonctionner pour le plaisir des touristes. Le premier magistrat renchérit : «Cet été, on a invité des artisans à prendre possession d'un chalet, pour faire découvrir leur travail. Notons aussi la création d'une association des commerçants (Art com) qui fourmillent d'idées». Reste que pour tous, qui dit Durfort dit chaudronnerie.

Là aussi, Alain Malignon lance des pistes. «Les visiteurs sont déçus de ne plus voir le travail des dinandiers. Durant les journées du patrimoine, des compagnons du devoir et d'anciens chaudronniers du village ont montré leur savoir-faire. Ça a beaucoup plus. Il est possible que dans l'avenir, nos anciens, viennent un week-end sur deux, faire des démonstrations.»Dans un futur proche, il voudrait faire venir, à l'année, deux chaudronniers «pour satisfaire ce besoin des visiteurs.»

Crise ou pas crise, à Durfort, la passion du cuivre est inoxydable.

Jean-Phillipe Bonnefous :
«Il faut vivre dans le présent, pas dans le passé»


J-Ph.Bonnefous présente au public la technique du fusing à l'Atelier du Verre. / Photo DDM

Jean-Philippe Bonnefous est artisan verrier. Dans sa boutique «l'atelier du verre», chaque pièce est unique. C'est sa fierté. Installé à Durfort depuis une dizaine d'années, il a décidé d'aller de l'avant , en devenant conseiller municipal. Pour lui, un seul mot d'ordre. Redynamiser le village, trouver des solutions et surtout, être résolument optimiste.

Depuis votre installation il y a dix ans, la clientèle se fait-elle plus rare ?
Il y a des hauts et des bas, comme dans tout commerce et dans toutes les villes. Mais Durfort, totalement envahi par les touristes, c'était il y a trente ans. Moi, je n'ai pas connu ça. Il faut vivre dans le présent, pas dans le passé.

Avec seulement 263 habitants, le village compte un grand nombre de commerces.
C'est clair. Et nous faisons tout pour en attirer d'autres . On possède de nombreux bâtiments commerciaux vides, prêts à être repris. Pour cela, il faut faire connaître notre village, nos produits. Ici, on vend de la qualité dans un secteur très touristique entre Sorèze, Revel et le Lac de Saint-Ferréol.

On vous sent optimiste, malgré la crise.
La crise, elle est pour tout le monde. Alors, il faut se battre pour redynamiser le village. C'est pour cela qu'une association des commerçants (Art com) vient de voir le jour. J'en ai assez de la sinistrose. En réunissant les talents et les compétences, tout est possible.


Durfort - Le village a sa première peinture murale : Jean-Luc Lemerle a peint une scène des années 30, sur le mur de l'église. / Photo DDM

Les visiteurs recherchent quoi, ici ?
En premier lieu, profiter de la beauté du village. Puis, ils apprécient de rencontrer les artisans, connaître leur travail, discuter avec eux. Ils aiment l'humain. Et j'ai le sentiment que depuis deux ans, il y a un retour, un besoin de retrouver les boutiques comme les nôtres.

Reste que beaucoup venaient pour visiter les entreprises de cuivres qui n'existent plus aujourd'hui.
Tout change très vite. Vous savez, le cuivre peut redevenir tendance très vite. Je me répète, mais il faut rester positif.

Certes, vous êtes très proches de Sorèze, mais vous n'avez plus de boulanger, d'école et de restaurant.
Trouver un restaurateur est indispensable. Nous recevons de nombreux bus, qui viennent visiter chez nous. Malheureusement, à midi, ils doivent partir ailleurs pour manger. Il faut changer cela. Pour nous, c'est une priorité de voir un restaurant ouvrir ses portes à Durfort.

En résumé, le mot-clé, c'est optimisme.
Absolument.

Des bénévoles, comme Giordano Ferrari, Louis Laval ou encore William Becker, le guide, s'attachent à faire vivre le musée du cuivre (juillet 2011)./Photo DDM.

En chiffres
263>. C'est la population de ce petit village située entre Sorèze et Revel.
1>. Il ne reste plus qu'un seul chaudronnier à Durfort Par contre, la commune possède des commerces de verre, de cuir, de pastel, de vente de cuivre et de vannerie ainsi que l'usine des salaisons de la Montagne noire .
1000°C >. C'est le point de fusion qui permet aux dinandiers de travailler le cuivre, grâce au martinet (énorme marteau-pilon mû par la force de la rivière) .
1415>. C'est la date de l'apparition du travail de la chaudronnerie à Durfort qui utilise la force hydraulique du Sor pour actionner les martinets.
1986>. C'est l'année de création du musée du cuivre qui a pris possession d'une partie du bâtiment abritant la mairie.

Pour le moment, le musée du cuivre ne présente qu'une maquette d'un martinet et une vidéo sur son fonctionnement mais voudrait bien en réhabiliter un vrai pour le montrer lors des visites./Photo DDM, J.P.

Il faut sauver le dernier martinet à cuivre d'Europe
C'est l'objectif du musée de cuivre et de la municipalité . Racheter le dernier martinet à cuivre d'Europe qui se trouve. dans la commune de Durfort. Rappelons qu'un martinet est un marteau-pilon ( 1,20 mètre de long) actionné par une roue à aube (en pierre) qui permettait, de transformer grâce à l'énergie hydraulique, une «pastelle» de cuivre en ébauche de chaudron. «Malheureusement, le propriétaire, ancien dinandier, s'entête et ne veut pas le vendre» soupire William Becker, qui voudrait installer l'outil, dans la cour devant l'entrée du musée et le faire fonctionner pour les visiteurs. «Ça serait un vrai plus». Affaire à suivre.
Recueilli par V.V

Photo d'illustration : carte postale AS


Publié le 27/12/2010 à 10:26  | La Dépêche du Midi |  Sabine Bernède

Durfort : Vanel lui commandait ses casseroles de cuivre


Jean-Jacques Bonnafous dans le magasin tenu par son épouse, « Les cuivres d'Elodie » (décembre 2010) ./ Photo DDM. S. B.

À Durfort, dans le Tarn, le cuivre brille toujours. Mais à la demande générale des cuisiniers et des cuisinières, on n'astique plus les marmites. Jean-Jacques Bonnafous, l'un des derniers chaudronniers de Durfort, garde jalousement la technique qui lui permet de patiner les cuivres.

L'atelier a lui-même une sérieuse patine. Rien n'a changé, ou presque, depuis 1919 : le grand-père de Jean-Jacques Bonnafous dirigeait alors la chaudronnerie. Vitres d'époque, sol en terre battue. Eclairés par une ampoule, les vieux outils luisent dans la pénombre. Situé à la sortie du village, l'atelier jouxte le Sor, la petite rivière qui dévale de la Montagne Noire.

L'eau de la rivière permet d'actionner le martinet, énorme marteau pilon qui frappe le cuivre. Les maîtres martineurs s'en servaient pour façonner les chaudrons dans lesquels les femmes cuisinaient confits de canards et confitures. Jean-Jacques Bonnafous a eu jusqu'à 18 employés dans son atelier. Aujourd'hui, à 68 ans, il est tout seul.

Photo d'illustration : carte postale

Depuis le XVe siècle, le village tarnais de Durfort, proche de l'abbaye de Sorèze, verse dans dans la chaudronnerie. « La dinanderie, cela fait plus intellectuel, mais ce n'est pas le terme exact car ce mot désigne aussi le laiton. Or, nous ne façonnons que le cuivre », souligne Jean-Jacques Bonnafous.

Coiffé d'un bonnet à l'effigie du Stade toulousain dont il est un ardent supporter, le chaudronnier rétame les cuivres qu'on lui confie ou en fabrique. Lucien Vanel, le célèbre cuisinier, avait acheté deux batteries de casseroles à Jean-Jacques Bonnafous. « On en faisait rétamer une pendant que l'autre était utilisée en cuisine », se souvient Lucienne Vanel, la veuve du chef toulousain.

Le cuivre est passé de mode en décoration. Mais pas en cuisine. Les grands chefs utilisent les faitouts, les poêles, les cocottes, les marmites en cuivre. Pour le plus grand bonheur de Jean-Jacques Bonnafous.
Son épouse Gisèle commercialise ses cuivres dans « La boutique d'Élodée », au centre de Durfort. Elle ajoute quelques objets de décoration en vitrine à l'attention des touristes.
Les bracelets en cuivre, utilisés pour soulager les rhumatismes, font un tabac !

Photo d'illustration : carte postale

Le musée de la dinanderie
Bordé de moulins implantés le long de la rivière Sor, le village tarnais de Durfort est connu depuis le XVe siècle pour sa chaudronnerie. Subsistent deux ou trois fabricants. Un musée de la dinanderie, fermé en hiver, présente l'histoire de la chaudronnerie. D'autres artisans, verrier, vannier, cuir, se sont installés.

" Ce qui fait la qualité d'un ustensile culinaire, c'est l'épaisseur du cuivre : 2 mm pour les faitouts utilisés par les chefs cuisiniers », explique Jean-Jacques Bonnafous.

Photo d'illustration : carte postale Cim

 

 
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Le 1/6/2016 par alain :

Bonjour, je cherche quelqu'un qui pourrait réaliser un chaudron en cuivre. Connaîtriez-vous quelqu'un ?
Cordialement,
Alain T.

 
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