Le vignoble gaillacois et son avenir
Le vignoble gaillacois et son avenir
Publié le 16/06/2025 | La Dépêche du Midi | Correspondant
Le vignoble gaillacois à la croisée des chemins

Préserver le capital productif est un enjeu majeur : pour la visibilité du vignoble et son attractivité. La qualité des paysages est déterminante pour les touristes. / DDM
Le vignoble gaillacois, comme d’autres, affronte des vents contraires : petite récolte, baisse de consommation… Il mise sur les cépages locaux, les animations et l’oenotourisme.
Pessimiste, sinon alarmiste Cédric Carcenac. Dans un entretien au magazine Vitisphère, le président de la Maison des Vins fait allusion à la situation financière des vignerons. « Il en reste très peu dans le vert. Ceux qui étaient dans l’orange sont dans le rouge et ceux qui étaient dans le rouge ne sont plus là ». Cédric Carcenac ajoute que le millésime 2025 a souffert des fortes chaleurs du mois d’août.

De l’est d’Albi, jusqu’à Saint-Sulpice, les vignes gaillacoises courent le long des deux rives du Tarn, sur des coteaux en pente ou en plaine / DDM
« Malgré tout, c’est en qualité une jolie récolte, mais dont la valorisation se pose maintenant alors que les stocks pèsent dans une filière tueurs en crise ». Selon les estimations, la vendange 2025 est l’une des plus faibles de ces dernières années, entre 20 et presque 40 % de moins pour certains qu’une récolte moyenne, ce qui rapproche cette récolte de celles de 2021 et 2023. Une façon de rappeler que le cycle des années grises se prolonge.

Les vendanges dans le Gaillacois / DDM, Emilie Cayre
Les maladies consécutives à un printemps humide avaient été maîtrisées, mais ce sont les canicules d’été qui ont touché les vignes. Sur certains terrains légers, elles ont connu un stress hydrique sévère. Ces aléas climatiques, même s’ils sont plus fréquents à cause du dérèglement climatique, les vignerons les connaissent et – dans une certaine mesure – les acceptent ou y font face.

Au domaine du Rouyre, à Sainte-Cécile-du-Cayrou, le couple propose aussi un hébergement et des ateliers pédagogiques autour du vin. DDM - RB
Plus inquiétante sans doute est la baisse de consommation qui contracte le marché. Celle-ci est récurrente. En 2019, la consommation en France était de 29,7 litres par habitant. En 2020, 28,2 litres. En 2021, 26,8 litres ; en 2022 25,5 litres.
La chute linéaire s’est prolongée depuis. En 2024, la consommation a reculé encore de 3,6 % par rapport à 2023. Ils n’étaient plus que 15 millions à boire régulièrement du vin contre 27 millions en 2014.

La Fête des vins de gaillac, le lieu idéal pour déguster le vignoble / DDM, MP Volle
Dans la restauration, la vente au verre a permis de limiter la casse. Les blancs se tiennent, surtout pendant la saison chaude, associés à une alimentation plus légère et à l’apéritif (salades, poissons), les rosés aussi qui ne sont plus seulement des vins d’été et dont la France est le plus gros consommateur (15 litres par habitant et par an). Mais celle de rouge dégringole : – 32 % depuis 2011 selon l’étude Kantar.
Avec un clivage générationnel qui inquiète pour l’avenir : 47 % des consommateurs de vin ont plus de 55 ans. Les atouts du vignoble du Gaillac sont connus : des cépages autochtones qui correspondent aux tendances du marché : aromatiques, fruités, faciles à boire.

Domaine Sarrabelle : tradition, innovation et qualité / DDM
L’oenotourisme permet de trouver des clients qui peuvent devenir des prescripteurs, même si – la Toscane Occitane le soulignait – les touristes ne viennent pas dans le Gaillacois « pour le vin » mais pour un mix paysages-patrimoine-qualité de vie-prix modérés. La conversion de beaucoup de vignerons aux apéros concerts ou fermiers situe leur importance dans le chiffre d’affaires annuel. Cédric Carcenac reconnaissait en février 2025 dans nos colonnes les lacunes dans la communication.

"C’est comme un festival" : dans le Gaillacois, le carton des apéros concerts chez les vignerons / DDM, M.P. Volle
« Il nous faut gagner en visibilité. On a eu jusqu’ici une communication très institutionnelle, on ne s’est pas assez tourné vers les réseaux sociaux. Il faut basculer vers eux ». Les mois qui viennent seront déterminants : les vignerons scruteront les « sorties » (il faut écouler 350 000 hl) et les prix. Pour que les 1036 hectares arrachés cette année ne soient pas le début d’une autre série noire.

De belles randonnées dans le vignoble sont proposées. / DDM

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