12/12/2014 Tarn : Rencontre avec les hommes des bois

  Tarn : Rencontre avec les hommes des bois  

Publié le 07/12/2014 à 08:41  | La Dépêche du Midi |  V.V

Tarn : Rencontre avec ces hommes des bois


L'équipe de Didier Chabbert, en plein travail sur les difficiles pentes d'un  bois sur les hauteurs de Lacabarède./Photos DDM, Vincent Vidal.

Dans le département, il existe encore des filières qui recrutent . C'est le cas pour les entreprises qui travaillent le bois. Reportage avec une équipe de bûcherons sur les hauteurs de Lacabarède.

À l'heure où les salariés «bobos» infusent leur thé, avant de s'installer dans de doux bureaux climatisés, sur les hauteurs de Lacabarède, les muscles sont chauds et tendus depuis bien longtemps. Sur la petite départementale 88, en bordure du Parc régional du Haut-Languedoc, Didier Chabbert et son équipe, sur des pentes ardues et glissantes, font leur job, le quotidien du bûcheron, de ces hommes des bois qui tronçonnent, coupent et transportent vers la scierie. Le jour est brumeux, la terre lourde et l'accès au site périlleux. «On n'est pas bien là. En pleine nature, au grand air. Je ne quitterais ce métier pour rien au monde. Je suis heureux ici, vraiment». Cri du cœur de Didier Chabbert, patron de cette petite entreprise qui emploie trois personnes. 

Fac-similé de l'article de La Dépêche du Midi [photos] du 07/12/2014

«On n'est pas une grosse structure. Et c'est tant mieux», assume le patron-bûcheron. «70 % de notre production, ce sont des résineux. Et, autre spécialité, c'est le travail sur des zones pentues comme celle-là. On est équipé pour ça. Mais il faut toujours rester prudent». Quand on perçoit le chantier de la route, on comprend mieux ses propos. «Pour installer nos engins, il a fallu construire un chemin sur les hauteurs. Sinon, c'est impossible de travailler». Un travail de titan avec une pente à plus de 30 %. «On est habitué. C'est notre métier», sourit Didier Chabbert. «C'est vrai que le soir on n'a pas besoin de faire une heure de gym. Le sport, c'est toute la journée que l'on en fait». Il reconnaît que ce métier est physique, dur, mais tellement agréable à son goût. 

«Tous les jours, on voit des chevreuils qui viennent nous rendre visite. Tant qu'on est là, il n'y a pas de chasseurs. Je crois qu'ils le sentent». Revenons à notre filière bois. Comment se porte-t-elle ? «Plutôt bien. Le marché se maintient. Il y a même de gros contrats signés avec la Chine et l'Espagne», confie-t-il. Et le bois de chauffage ? «C'est plus compliqué et difficile à gérer. Tout d'abord, il faut le couper et le stocker. Cela prend un bon mois où nous n'avons aucune rentrée d'argent durant cette période. Et, regardez cette année, avec la douceur de l'automne, beaucoup de clients n'ont pas encore commandé. Ils vont le faire au dernier moment. Avouons que ce bois de chauffage est difficile à gérer pour une entreprise comme la nôtre». À quelques pas de là, Steven fait marcher sa tronçonneuse. 

Machine de bûcheronnage dans les Monts de Lacaune / N50G

«On continue à couper à la main. Avec de telles pentes, on n'a guère le choix», confirme le patron. «Steven vient du lycée forestier de Saint-Amans. C'est un bon. Il connaît le métier. D'ailleurs, un de mes employés, à 63 ans, va bientôt partir à la retraite. Il va falloir trouver quelqu'un pour le remplacer. Il y a des chances que je me rapproche une nouvelle fois du lycée». Didier aime son territoire, les filières courtes, l'embauche des gens du coin. «C'est ma terre. C'est normal que je m'y investisse». Notre bûcheron regarde au lointain. «L'automne, c'est la meilleure saison pour admirer les paysages. L'été, avec les feuilles, on ne voit rien. Regardez aujourd'hui comme c'est beau». C'était beau, avant l'arrivée d'une brume tenace, opaque. Cela n'enlève pas le sourire à Didier Chabbert. 

«Je suis en train de réfléchir pour investir dans une pelle «araignée» et conquérir des pentes encore plus rudes». Et quand on lui demande si la forêt tarnaise est bien exploitée, le ton est ferme. «C'est faux de dire que la forêt est mal exploitée dans le département. On oublie qu'une partie non négligeable est en zone quasi inaccessible pour les bûcherons». Et le fait que 86 % des forêts appartiennent à des propriétaires privés. «La majorité gère parfaitement son bois. Sinon, il y a des groupements forestiers (20, 30 propriétaires) qui font entretenir leurs parcelles et récupèrent des bénéfices». La conversation dure. Il est temps pour Didier de reprendre le boulot. «En cette saison, on finit plus tôt à cause de la nuit». Plus de temps à perdre. L'homme retrouve ses bois. Là où il est le plus heureux, en osmose avec ses besoins. Tout simplement un homme heureux.

Chargement de bois dans les Monts de Lacaune / N50G

 En chiffres : 
28 % > du département. La forêt tarnaise recouvre 30 % du département, soit 172 000 hectares
86 % >  Les forêts privées représentent 86 % de la surface forestière du département. Ces forêts sont très morcelées avec énormément de petites parcelles.
600 000 m3 > C'est le volume de bois récolté en 2012, toutes destinations confondues. Le Tarn représente 56 % de la récolte des résineux de Midi-Pyrénées.



Lycée forestier du Haut-Languedoc : «Nos étudiants sont parfaitement formés pour ce monde du travail» 

Lycée forestier du Haut-Languedoc / Photo Lycée forestier du Haut-Languedoc

Ils sont 125 élèves de la 4ème au bac pro à toucher du bois toute l'année dans l'un des deux lycées forestiers que compte la région Midi-Pyrénées (avec Vic-Bigorre, qui lui est public). 125 jeunes qui rêvent de grand air, d'espace et surtout de forets. «Notre lycée veut avant tout proposer différentes filières qui collent aux besoins des entreprises de la région», assure le responsable pédagogique de l'établissement, Sylvain Thilliez. «Nous essayons de donner des bases solides pour qu'ils arrivent sur le marché du travail avec les meilleurs arguments possible». Pour assumer une telle politique, l'établissement est en étroite relation avec les entrepreneurs. «Il faut avouer aussi que le secteur évolue assez peu techniquement. On n'est pas dans une filière de haute technologie. Mais on reste curieux de tout ce qui arrive sur le marché», assume le responsable pédagogique. 

/ Photo FB Lycée forestier du Haut-Languedoc

Reste la question essentielle. À la fin des études, l'embauche est-elle au rendez-vous ? «Pour celui qui est motivé, qui sait ce qui l'attend dans cette vie professionnelle, oui, il y a de l'embauche. Mais il doit savoir qu'il va débuter au bas de l'échelle. L'avantage, c'est que les évolutions dans ces métiers peuvent être rapides. Nous avons même des anciens étudiants qui ont lancé leur entreprise», note le responsable pédagogique. «Notre chance, c'est que la filière bois a et aura toujours besoin de bras et de têtes. La mécanisation ne peut pas tout faire. Heureusement».

/ Photo FB Lycée forestier du Haut-Languedoc

À Saint-Amans, il n'y a pas que la coupe et la scie. «Nos BTS travaillent sur la gestion forestière. Aller mobiliser les propriétaires privés pour travailler leurs bois. En plus des indispensables connaissances techniques, il faut connaître l'humain, être diplomate, comprendre et appréhender les différentes situations. C'est une formation complète qui plaît beaucoup aux étudiants». Quand on demande à Sylvain Thilliez si le lycée forestier attire la gente féminine, il sourit : «Pas vraiment. La très grande majorité de nos étudiants sont des garçons venant du monde agricole. Les métiers du bois gardent une image physique, où il faut être dehors par tous les temps. Les seules formations qui attirent quelques jeunes filles, touchent à la gestion des sites, à l'écologie», confirme Sylvain Thilliez. Dur, certes. Physique, incontestablement. Reste que cette filière recrute et a confiance en sa jeunesse. Avec, comme bonus, la vie en pleine nature, sans bouchon ni pollution. Et dans les yeux, des paysages splendides qui se reflètent.

/ Photo FB Lycée forestier du Haut-Languedoc
 

 
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