150 ans de La Dépêche du Midi

2/10/2020


   150 ans de La Dépêche du Midi   



Publié le 27/09/2020 à 12:07 | La Dépêche du Midi |  Dominique Delpiroux

Revivez l'aventure du premier numéro de La Dépêche le 2 octobre 1870


Le journal s'est installé rue Bayard à Toulouse où il était également imprimé. / DDM

Au début de la guerre de 1870, un groupe de typographes toulousains décide de créer La Dépêche pour publier… les dépêches qui proviennent du front. Dès les premières parutions, ce journal se veut patriote et républicain. Il l’est depuis 150 ans.

Cet article est issu de Midi, le magazine dominical de La Dépêche du Midi, à retrouver en ligne sur notre kiosque numérique.

Le contexte
D’une certaine manière, on peut dire que La Dépêche du Midi est née… de La Dépêche d’Ems ! Ce célèbre télégramme est à l’origine de la guerre entre la France et la Prusse en 1870, un conflit qui va susciter la création du journal toulousain.


2 octobre 1870, la naissance de La Dépêche / DDM

Revenons donc 150 ans en arrière. C’est l’époque d’une haine recuite entre les Français et les Prussiens. Dans chaque pays, il y a des va-t-en-guerre. En France, personne ne doute qu’en cas de conflit, la victoire sera totale et rapide. De l’autre côté du Rhin, on est sûr de ne faire qu’une bouchée des Français. Or, une affaire compliquée de succession pour le trône d’Espagne va mettre le feu aux poudres. Suite à un coup d’Etat, le royaume aurait pu revenir à un prince prussien, ce qui aurait mis la France en tenaille entre Espagne et Allemagne.

Prudemment, l’empereur Guillaume 1er s’opposa à ce scénario. En cure thermale à Ems, il fit donc rédiger une dépêche dans ce sens. Précisant au passage, que, comme l’affaire était réglée, il ne voyait pas la nécessité de recevoir l’ambassadeur de France. Mais la dépêche tombe entre les mains du redoutable chancelier Bismarck, qui lui, la veut, sa guerre ! Il « caviarde » donc le texte, les mots apaisants disparaissent et ne subsiste que « l’affront » fait à l’ambassadeur !


Demandez « La Dépêche » ! la sortie de l’imprimerie au milieu du XXe siècle./ Photo DDM

En France, les bellicistes s’emparent de la « Dépêche d’Ems ». Fureur cocardière : l’ambassade d’Allemagne est saccagée, l’Assemblée nationale outrée, la guerre déclarée, le 15 juillet 1870.
À Toulouse, on suit tous ces événements avec anxiété. La canicule a asséché la Garonne et les nouvelles du front sont mauvaises. Les défaites s’accumulent.

Surtout, les informations circulent désormais à la vitesse de la lumière, grâce au télégraphe. La France possède déjà un réseau de plus de 30 000 kilomètres de fils, avec un millier d’agences et plus de 3 000 employés. Les dépêches télégraphiques du front sont placardées sur la façade de la préfecture et celle du Capitole. À Paris, c’est un enfant de Cahors qui est à la manœuvre au Ministère de l’Intérieur. 

Il se nomme Léon Gambetta. Début octobre, il envisage de quitter Paris en ballon pour échapper à l’ennemi qui encercle la capitale. Il le fera effectivement le 7 octobre : La Dépêche vient tout juste d’exister. Car dans ce bouleversement, quelques typographes de l’imprimerie Sirven à Toulouse ont l’idée de publier ces précieuses dépêches, pour les proposer au public.


1889, Jean Jaurès salue la tour Eiffel dans La Dépêche / DdM

« Journal quotidien »
Ainsi, le dimanche 2 octobre 1870, paraît le premier numéro de La Dépêche, le nom était tout trouvé. C’est un « Journal quotidien ». Il est vendu 5 centimes et le nom du rédacteur en chef « Bonau » figure en bonne place, juste sous le titre.

Il est tout jeune, ce Bonau, Fernand de son prénom. Une trentaine d’années. Du reste, les fondateurs de ce « journal quotidien » sont tous très jeunes. On imagine une ferveur brouillonne, et le bricolage intuitif des premiers papiers. Dès le départ, cette équipe va donner un ton au journal. Le patriotisme, au moment où la Nation est en péril, et la défense de la République, dans les pas du fils du pays, Léon Gambetta. Des valeurs qu’il gardera pour toujours.


1885, les dernières heures de Victor Hugo / DDM

L’éditeur, Joseph Sirven, en première page du premier numéro, réfute « une vulgaire spéculation » sur la peur des lecteurs.
Le journal n’est pas encore installé dans le prestigieux immeuble de la rue de Bayard, qui a marqué des générations de Toulousains, mais au 33 de la rue Riquet « où l’on peut s’y présenter tous les jours de 3 à 4 heures du soir ».

En quelques semaines, les premières publicités vont venir fleurir les pages du journal. « Dès la fin décembre, nous indique Félix Torres, dans « La Dépêche du Midi, histoire d’un journal en République » (Hachette), les annonces occupent une colonne entière. Le journal s’enrichit d’une petite rubrique nécrologique et d’annonces de mariages, de bulletin financier des Bourses, des tableaux des prix des céréales ou du bétail. »

En somme, un vrai journal venait de naître !




   Les valeurs   


Jean Baylet - DDM

La famille Baylet, près d’un siècle
En 1924, Jean Baylet (photo) entre au journal et son talent va le propulser à la rédaction en chef. Il hérite de son oncle Jean-Baptiste Chaumeil, administrateur de La Dépêche, le goût de la politique, et lui succède dans le fauteuil de maire de Valence d’Agen, avec une étiquette radicale qui deviendra celle de son journal. Déporté en mai 1944, Jean Baylet reprendra les rênes de La Dépêche du Midi en 1947. Il meurt dans un accident de voiture en 1959 : malgré le choc, Evelyne, son épouse reprendra le flambeau.

Elle succédera à Jean à la mairie et sera, en Tarn-et-Garonne, la première femme président de conseil général. Son fils, Jean-Michel, sera élu maire, président du conseil général, parlementaire et nommé ministre. Il prendra la tête du journal en 1995, après en avoir été directeur général. Aujourd’hui, les fils de Jean-Michel, Jean-Nicolas et Jean-Benoît, sont respectivement directeur général du Groupe La Dépêche, et directeur général adjoint.


   Les plumes   


Jean Jaurès - DR

Jaurès, Clémenceau…
Jean Jaurès a été le fondateur de l’Humanité, mais c’est à La Dépêche qu’il fit ses premières armes. En tout, il y a écrit plus de 1 300 articles entre 1887 et 1914. De la politique, du social mais aussi, sous la plume du « Liseur », Jaurès sera un critique littéraire avisé, friand de Rimbaud ou Nietzsche. Autre grande plume : Georges Clémenceau, qui commenta la politique française de 1894 à 1906. Dans les mêmes colonnes, apparaissent aussi Anatole France, Octave Mirbeau ou Camille Pelletan. 

Après la dernière guerre, deux signatures vont marquer les lecteurs : celle de Joseph Barsalou, éditorialiste qui martela l’opposition de La Dépêche du Midi à De Gaulle, et René Mauriès, grand reporter, ami de Joseph Kessel ou Antoine Blondin, prix Albert Londres en 1956, à la fois reporter de guerre, chroniqueur judiciaire, mais aussi gourmand chroniqueur du Tour de France.

   Le saviez-vous ?   


Albert Einstein - AFP

Albert Einstein dans La Dépêche !
« L’État existe pour les hommes, et non les hommes pour l’Etat ! » Le 22 janvier 1932, La Dépêche publie un long texte d’Albert Einstein. Prix Nobel de physique, celui-ci est déjà mondialement connu, mais il écrit depuis l’Allemagne qu’il ne quittera qu’en 1933. La Dépêche le présente comme « le plus grand savant de l’Allemagne moderne ». 

Il prend position à propos de la « conférence sur le désarmement » suggérant au passage « une possibilité légale de refuser le service militaire ». Un plaidoyer pacifiste qui s’inscrivait dans les valeurs du quotidien. Un autre prix Nobel, Thomas Mann, y publia un texte en 1936.


1930, la crue du siècle dans la région / DDM

Le magazine Midi est à retrouver en ligne sur le kiosque numérique de La Dépêche du Midi. 
 

Partagez sur les réseaux sociaux

Catégories

Autres publications pouvant vous intéresser :

Commentaires :

Laisser un commentaire
Aucun commentaire n'a été laissé pour le moment... Soyez le premier !
 



Créer un site
Créer un site