P.O. : Dramatique accident entre un bus et un TER

15/12/2017

Publié le 15/12/2017 à 07:42   | La Dépêche du Midi |  Dominique Delpiroux

L'édito du jour : Accablement


La sécurité des passages à niveau est à nouveau posée depuis l'accident d'hier / Photo DDM

Le matin, les parents avaient renoué un lacet défait, ajusté un cache-nez, posé un bisou rapide sur la joue. Ce soir, il n'y aura personne à récupérer à l'arrêt du bus. A la place, ce sont des gendarmes qui sont venus annoncer la terrible nouvelle.

Ce matin, après l'accident de Millas, on pense évidemment à ces parents déchirés pour qui rien ne sera plus jamais comme avant, pour qui s'est nouée, hier soir, une douleur éternelle. Combien de fois vont-ils remâcher ces quelques secondes où le destin se joue. Un bus qui part cinq minutes plus tôt ou plus tard. Un train qui aurait pu passer quelques secondes auparavant. Rien ne se serait passé. Tout le monde se serait retrouvé.

Mais c'est le scénario du malheur qui s'est imposé. Avec des morts, des blessés, et ce tsunami de douleur qui va fatalement s'abattre sur le collège, sur la commune, pour longtemps.


/ Photo BFM TV

Au-delà de la souffrance, va venir le temps des interrogations. Pourquoi ces deux véhicules, qui n'auraient jamais dû se rencontrer sont-ils entrés en collision ? Erreur humaine ? Défaillance d'une machine ? L'enquête va certainement durer des mois, des années, et remettra sur la sellette ces passages à niveau où l'on meurt depuis des décennies… à cause d'erreurs humaines, de défaillance des machines.

Et l'on en conclura qu'il faudrait supprimer tous les passages à niveau, et comme d'habitude, on fera le constat que cela coûte trop cher.

En plus de la tristesse profonde que suscite ce nouveau drame, c'est l'accablement qui nous saisit, le sentiment terrible que demain, ou après-demain, il y aura encore des morts à un passage à niveau. A Millas ou ailleurs.


Publié le 14/12/2017 à 10:30     | La Dépêche du Midi |  Sébastien Marcelle & Claire Raynaud

Un bus scolaire percuté par un TER à Millas 


Quelques minutes après le drame / Photo L'Indépendant Michel Clémentz

La France s'est réveillée sous le choc après le terrible drame qui est survenu peu après 16 heures dans le petit village de Millas, situé à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Perpignan. Pour une raison encore inconnue, un bus scolaire qui transportait 23 passagers (22 collégiens et la conductrice de 48 ans) a été percuté par un TER alors qu'il se trouvait sur un passage à niveau. Sous la violence du choc le bus a été littéralement coupé en deux. Les 22 personnes présentes dans le train sont toutes indemnes.

L'identification des morts et des blessés effectuée dans la nuit
Le bilan est très lourd : 4 enfants ont été tués et plus de 20 ont été blessés dont 10 en urgence absolue, selon le dernier bilan communiqué ce vendredi matin par la préfecture des Pyrénées-Orientales. Les blessés en urgence absolue ont été héliportés vers les hôpitaux de Perpignan, Montpellier et Toulouse tout comme la conductrice du bus, elle aussi très grièvement blessée dans l'accident. Les autres blessés ont été pris en charge par les secours. Les victimes sont âgées de 13 à 17 ans.

Ce vendredi matin, la préfecture a affirmé que l’identification des victimes, qui a été longue et difficile, est terminée. "L'identification des victimes et l'information des familles a été faite dans la nuit de manière exhaustive", a ajouté une responsable de la préfecture des Pyrénées-Orientales. Le procureur de Perpignan Jean-Jacques Fagni, en compagnie du préfet des Pyrénées-Orientales Philippe Vignes, avait évoqué jeudi soir la difficulté du processus d'"identification de ces jeunes victimes, compte tenu de l'état dramatique de certaines d'entre elles". , Très éprouvés, ils avaient évoqué une "véritable scène de guerre" sur les lieux du drame.


Les habitants de Millas se sont spontanément regroupés jeudi soir devant la halle des sports en signe de soutien  / Photo L'Indépendant Olivier Got

Cellule psychologique au collège de Millas
Au lendemain du drame, le collège Christian-Bourquin de Millas, où sont scolarisées les victimes de l'accident a ouvert ses portes "dès 7 heures", pour une journée de deuil afin de libérer la parole des élèves et des enseignants. Le ministre de l'Education nationale doit y rencontre les élèves, parents et personnels de l'établissement. "Nous avons étoffé notre cellule de crise pour que nous puissions avoir beaucoup d'adultes qui accueillent chaque enseignant et tous les élèves", a informé la rectrice de région Armande Le Pellec Muller.

Dès jeudi soir, le plan NOVI (nombreuses victimes) a été activé par la préfecture des Pyrénées-Orientales pour répartir les victimes vers les différents hôpitaux et cliniques en fonction de la gravité de leurs blessures. Des moyens lourds ont été engagés sur les lieux de l'accident : une centaine de sapeurs-pompiers, de nombreux médecins urgentistes, 10 véhicules de secours aux personnes, 1 poste médical avancé, 2 hélicoptères de la sécurité civile et 2 hélicoptères du SAMU. 15 unités de gendarmerie ont également été déployées sur place.

Les circonstances du drame restent floues, trois enquêtes ouvertes
Le bus ramenait des élèves du collège Christian-Bourquin de Millas vers leur village de Saint-Féliu-d'Amont. Les circonstances du drame restent encore très floues. 
Le préfet des Pyrénées-Orientales a indiqué que les témoignages recueillis jeudi soir sont contradictoires : certains témoins affirment en effet que le bus s'est engagé sur le passage à niveau alors que les barrières étaient levées, d'autres racontent au contraire qu'il aurait "forcé" le passage.

"Ce passage à niveau n'était pas dans la liste de ceux signalés comme dangereux"
Ce vendredi matin, la ministre des Transports a appelé à la "prudence" sur les circonstances du drame et notamment sur la fermeture ou non des barrières du passage à niveau au moment de l'accident. "Je vous confirme que ce passage à niveau n'était absolument pas dans la liste des passages à niveau signalés comme dangereux" et qui vont être supprimés, a déclaré la ministre des Transports. 



Selon le lieutenant-colonel Duffau de la gendarmerie des Pyrénées-Orientales, ce passage à niveau n'est pas réputé accidentogène. Il ne figurait pas sur la liste des lieux sensibles de croisement route/rail établie par la SNCF. Au niveau du passage à niveau, le train circulait à environ 80 km/h, une vitesse normale selon la SNCF.

Une information confirmée par Carole Delga, la présidente de région Occitanie. "Le passage à niveau dispose d'une bonne visibilité, il est automatique et lumineux. Il semblerait qu'il soit bien entretenu, qu'il n'y avait pas de signalement de vétusté ou de défaillance", a-t-elle expliqué en se disant "abasourdie"par ce drame. "Ce drame va marquer pour longtemps les Pyrénées-Orientales et toute l'Occitanie", a-t-elle conclu.

L’entreprise ferroviaire a également indiqué que ce passage à niveau "était muni de demi-barrières et d’une signalisation lumineuse automatique, selon les normes de sécurité en vigueur."


L'accident s'est produit à ce passage à niveau./ Capture GOOGLE

"Un choc très violent"
Les enquêteurs ont entendu le conducteur du train mais pas la conductrice du bus, âgée de 48 ans, qui n'est pas "audible", comme l'a précisé le préfet, en raison de la gravité de ses blessures. 

"Le choc a été très violent et on a eu l'impression que le train allait dérailler et se coucher", raconte Barbara, une passagère du train à l'Indépendant. 

La grande sœur d'une collégienne, qui se trouvait dans un autocar suivant le bus accidenté, relate, elle, l'état de choc dans laquelle la fillette se trouve : "On a du mal à la faire parler. Elle nous a juste dit que le bus a été coupé en deux au milieu, et qu'il était passé car les barrières ne se sont pas baissées. Elle a vu ses amis sous les draps blancs, des sacs de cours éparpillés un peu partout... C'est tout ce qu'elle a voulu nous raconter".

Les familles des collégiens ont été accueillies dès la fin de l'après-midi dans la halle des sports de Millas où le SAMU a mis en place une cellule d'urgence médicale et psychologique. Plus de 500 personnes s'y sont présentées dans la soirée de jeudi. 


Publié le 15/12/2017 à 07:48   | La Dépêche du Midi |

Collision entre un TER et un bus :
«C'est un drame, un cauchemar qui nous dépasse»



Un vaste déploiement de secours sur les lieux du drame / Photo DDM

Thibault est élève en classe de quatrième au collège de Millas. Il était dans le bus qui suivait celui qui a été percuté. Il raconte : «Nous avons fini les cours à 16 heures. On était dans le bus, il y avait du bruit comme d'habitude. Et, d'un coup, on a entendu le klaxon du train et une seconde après un bruit épouvantable d'accident. Je pense que les barrières n'étaient pas baissées, mais je ne suis plus sûr. On nous a demandé de rester dans le bus, quelques élèves du véhicule accidenté sont passés à côté. Il y avait trois bus, celui de Saint-Féliu, celui de Néfiach où j'étais»

Angélique habite, elle, à une centaine de mètres du drame. «J'étais chez moi à la cuisine et j'ai entendu le bruit de l'impact. Au début je pensais que c'était un camion qui avait été percuté. J'ai couru et je me suis aperçu que c'était un bus. Il y avait de la fumée partout. Des automobilistes sont arrivés et ont porté secours. Moi, je suis allée appeler les pompiers. Je n'ai pas osé y retourner c'était trop dur.»

Plus loin, plus tard, la tension, l'effroi, l'incrédulité se sont déplacés devant l'auditorium du centre hospitalier de Perpignan. Une jeune femme fait les cent pas, tourne en rond. : «Je suis en plein cauchemar. Ils m'ont juste dit que son état était grave, très grave, peut-être pire. Je n'arrive pas à en savoir davantage, c'est l'horreur absolue», sanglote-t-elle agrippée à son téléphone portable. Elle espère des nouvelles d'un des enfants grièvement blessés. Sans succès.


Le car scolaire a été coupé en deux par le train régional. / Photo AFP - RAYMOND ROIG

Destiné à organiser les secours et les hospitalisations, le dispositif qualifié de grande urgence, également déployé à la clinique Saint-Pierre, a permis une mobilisation maximale des moyens sanitaires.

L'hôpital a été bouclé. Appelés en renfort, des agents de sécurité filtrent les entrées tandis que les sorties sont déviées vers l'arrière de l'établissement afin de libérer totalement l'accès au service des urgences où se croisent une multitude de voitures du SAMU, de fourgons des pompiers et d'ambulances réquisitionnées. Le circuit est fléché.. Le «Plan afflux massif des blessés» indique la voie à suivre. Les secours s'y engouffrent les uns derrière les autres jusque dans la soirée, emmènent les jeunes blessés dont le pronostic vital n'est a priori pas engagé. Les autres, plus grièvement atteints, ont été évacués par hélicoptère de Millas et avant 19 heures, ils ont déjà été tous pris en charge par les équipes médicales et chirurgicales spécialisées.

À Millas, le village meurtri, une habitante cherche des explications au drame. «Je traverse ce passage à niveau deux fois par jour depuis 20 ans», explique-t-elle devant la halle aux sports transformée en cellule psychologique. «Je ne comprends pas comment ça a pu se passer. La route est dégagée, le bus ne peut pas rouler vite puisqu'il tourne à l'équerre. Je ne comprends pas».

Sur la place du village encombrée de véhicules de médias nationaux, de voitures de gendarmerie, de pompiers, de la police municipale, il pèse une ambiance lourde. Une haie de militaire et de pompiers empêche le public non autorisé de pénétrer à l'intérieur du bâtiment municipal transformé en cellule de crise.


/ Photo L'Indépendant Michel Clémentz

«Dedans, explique un élu de la commune la mine défaite, il y a les familles. Elles sont prises en charge, mais je vous l'assure tout le monde est digne et respectueux. Mais c'est un drame qui nous dépasse».

Dans la lueur des gyrophares, une dame se précipite. Elle a entendu à la télé que l'on demandait à des volontaires de venir donner leur sang. Peine perdue, tous les enfants blessés ont déjà été évacués. Des infos plus ou moins fantaisistes circulent, on commente, on s'indigne, on ne comprend pas. Robert Olive, le maire de Saint-Féliu-d'Amont répète inlassablement d'une voix grave et empreinte d'émotion ce qu'il a vu :
«Un bus littéralement coupé en deux, confie-t-il, une vision d'horreur absolue».

Un peu plus tôt dans la soirée, le collège Christian Bourquin, où étaient scolarisés les enfants présents dans le bus accueillait les familles venues chercher les enfants dont les cours finissaient plus tard. «L'établissement, confiait une responsable du collège, ouvrira ses portes demain. Nous allons aménager des salles pour accueillir les enfants qui seront certainement encore sous le choc. Il va falloir les entourer et parler avec eux».
 

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