Tarnais en 1900 (1)

La France, un pays longtemps rural

La France fut, pendant longtemps, un pays profondément rural, comparée aux autres pays européens et notamment l’Angleterre. Jusque dans les années 1930, la majorité de la population française est rurale et formée en majorité de petits agriculteurs. L'exode rural y est plus tardif que dans les autres pays d'Europe occidentale.

 

La ferme traditionnelle est peu mécanisée et peu productive, la plupart des travaux se font à la main. La surface de travail est liée à la capacité de travail avec les animaux. L’animal est à la fois un outil, un compagnon, un produit et il apporte aussi la fumure.

La formation du département

Le département du Tarn a été formé en 1789 par le regroupement de 3 diocèses languedociens : Albi, Castres et Lavaur. Dans un premier temps il s'est appelé "département de l'Albigeois" et sa préfecture était à Castres.

Une forte rivalité existant entre Castres et Albi, cette dernière a tout fait pour en récupérer la responsabilité administrative, et Albi a été désigné comme chef lieu du département "du Tarn" le 27 brumaire an VI (17 novembre 1797)...

Certains ont vu dans les contours de ce nouveau département une forme de jambon (notamment du côté de Lacaune qui serait située dans "l'os"). Le dessinateur tarnais Charles Liozu a préféré le représenter sous la forme d'un visage. Liozu est né aux Cabanes près de Cordes en 1866 ; professeur de dessin au lycée d'Albi, il a représenté de nombreuses scènes de la vie tarnaise, dont beaucoup ont été reproduites sur cartes postales...

1 : la vie agricole tarnaise

A l'image de la France en général, au début du XXème siècle le Tarn était essentiellement rural : 96 % de la surface du département était consacrée à l'agriculture. Les exploitations étaient de petite superficie, la moyenne tarnaise avoisinant les 8 hectares avec des domaines dépassant fréquemment les 50 ha...

Ce sont les céréales qui représentent les cultures les plus développées : blé, avoine, maïs, seigle (par ordre d'importance). La production de blé (1 354 000 hl en 1900) est suffisante pour couvrir les besoins du Tarn, une partie étant même exportée dans les régions voisines...

Les autres cultures sont inégalement réparties dans le département : pommes de terre dans les zones de montagne (j'y reviendrai en consacrant un chapître spécial au secteur du Haut-Languedoc), vergers et légumes dans les plaines. Quant à la culture du pastel qui avait fait la richesse du "pays de cocagne" tarnais à partir du XVIème siècle, elle a totalement disparu au XIXème...

Bien évidemment l'une des principales richesses agricoles du Tarn est assurée par le vignoble de Gaillac, malgré la catastrophe de 1888 due au phylloxera. Le travail de la vigne étant contraignant, il exigeait la présence de toute la maisonnée : défonçage, taille, épamprage, soufrage, binage, désherbage, vendanges,... le tout s'effectuant "à bras"...

Dans le Gaillacois, les propriétés vinicoles sont en général de petite taille (2 à 5 hectares) et composées de petites parcelles dispersées. La vigne est cultivée aussi bien par des viticulteurs dont elle constitue le principal revenu, que par des gens "de la ville" qui y trouvent (en plus du vin familial pour l'année) un modeste complément de revenu...

Afin de renforcer l'image et la diffusion du vin de Gaillac, la Cave Coopérative est créée en 1903 avec pour objectif d'instituer une collaboration entre producteurs, formule peu usitée à cette époque. En 1910 elle s'installa dans les grandes caves de l'Abbaye Saint-Michel. Ainsi furent produits notamment le "Grand Vin du Coq" ou les "Premières Côtes"...

Le vin blanc le plus connu du Gaillacois était le mousseux naturel. Les bouteilles, stockées dans des caves voûtées, étaient rangées dans des casiers inclinées comme on le fait pour le champagne. Régulièrement, les bouteilles sont dégorgées pour que le vin s'affine correctement...

Le principal élevage développé est celui des bovins : en complément aux cultures dans la plaine pour avoir des animaux de travail, en plus grands troupeaux en montagne dont ils constituaient le principal revenu. La race d'Aubrac était particulièrement adaptée au secteur montagneux en supportant bien la rudesse du climat et s'adaptant à une nourriture moins riche...

L'élevage du mouton s'est localisé dans les Monts de Lacaune. Il s'est spécialisé dans la production des agneaux de boucherie et du lait : les brebis tarnaises fournissent 750 000 kg de fromage de Roquefort. Il y a peu de chevaux dans le Tarn ; l'élevage du mulet est en recul.

Le porc est extrêmement commun parce qu'il constitue la base de l'alimentation de la population... Les volailles sont élevées partout, mais surtout dans les cantons de l'ouest producteurs de céréales. On y nourrit de nombreux troupeaux de dindons et d'oies de race toulousaine...

Selon l'altitude, la fenaison se déroulait entre fin mai et début juin, le paysan guettant l'arrivée possible d'orages. Encore un rude travail, à la faux, qu'il faut aiguiser régulièrement avec la pierre que tout faucheur porte à la ceinture. Ensuite, à l'aide de fourches et de râteaux souvent artisanaux, il fallait tourner et retourner le foin en andains, avant de le charger sur une charrette pour aller le stocker dans la grange...

Avec l'automne, venait le temps de labourer. Deux paires de boeufs tirent un araire, ancêtre de la charrue et venu du fond des âges. Les agriculteurs fabriquaient souvent eux-mêmes leurs araires, entièrement en bois à l'exception du soc. La charrue, notamment le brabant, était plus puissante et labourait davantage en profondeur...

Après le labour, il fallait émietter les mottes à l'aide d'un rouleau ou d'une herse. Ainsi préparé, le champ était aussitôt ensemencé. Semer à la volée exigeait beaucoup d'expérience pour répartir uniformément les grains. A la fin du XIXème siècle, les semoirs mécaniques prendront petit à petit le relais...

La moisson s'effectuait à la main ou avec une machine à traction animale. Les gerbes étaient apportées sur l'aire qui avait été préparée auparavant et battues avec un fléau ou écrasées par un rouleau. Il fallait ensuite récupérer la paille entassée en grandes gerbières (les "pailhés"), et le grain séparé de son enveloppe...

Progressivement, les exploitants ont abandonné les fléaux pour louer des batteuses. Une machine à vapeur actionnait par un système de courroies la batteuse dans un grand nuage de fumée. Les engins tournaient de ferme en ferme, ainsi que les métayers qui se "donnaient la main" dans une période qui était courte et le travail intense...

Au début du siècle, quasiment toutes les localités du département avaient leur foire, les plus importantes en organisaient même plusieurs à divers moments de l'année. Près de 700 foires, coordonnées entre elles, jouaient un rôle économique important pour les paysans qui organisaient leurs travaux à la ferme en fonction de leur calendrier.

La plus grande partie de la famille s'y rendait en partant très tôt, quelle que soit la durée du déplacement, laissant la garde de la métairie aux anciens. On y allait parfois à pied, en tirant les animaux que l'on souhaitait vendre, ou juché sur une charrette avec laquelle on emportait ses productions...

Les négociations sur le foirail étaient toujours longues et animées, l'achat ou la vente d'un animal constituant un élément capital dans l'économie du ménage. Quand on tombait d'accord, après un "tope-là" finalisant la transaction, on se retrouvait au café voisin qui réalisait là la recette du trimestre !...

Les femmes en profitaient pour effectuer quelques emplettes, soit dans les commerces locaux, soit auprès des marchands ambulants qui avaient dressé leur étal sous une toile délavée. Quant aux petits producteurs, c'est souvent à même le sol qu'ils proposaient aux regards légumes, oeufs ou volailles...

De tous temps centre agricole important, Puylaurens comptait vers 1900 un nombre impressionnant de commerces : 10 épiciers ; 10 cafés ; 4 bouchers, boulangers et coiffeurs ; 3 sabotiers et cordonniers ; 2 horlogers ; 1 chapelier et 1 vannier ; 3 hôtels pour 1 seul restaurant...

Quelques foires et marchés du département : Montredon-Labessonnié organisait une foire par mois chaque lundi sur la journée, alors que Labastide-Rouairoux proposait 5 foires annuelles ; le marché de Réalmont avait déjà lieu le mercredi devant les arcades, et celui d'Albi se déroulait au pied de la cathédrale chaque mardi et samedi ; le marché aux oies de Lavaur devant le tribunal était très couru...

Marché à Réalmont (Louisa Paulin) : "Tout près de là c'est le foirail : beaucoup de veaux, car notre plaine en est prodigue. Aux couleurs de l'automne : feuille morte, châtains, fauves, ils sont touchants, avec leurs yeux enfantins et leur robe à petits frisons. Ils sont encore des veaux, mais ils ne seront bientôt que du veau, amoureusement fricassé dans la casserole de terre avec les derniers cèpes ou les premiers mousserons"...

De retour à la maison, la vie et ses corvées reprenaient leur droit. La première d'entre elles était liée à l'approvisionnement en eau, car tout le monde ne possédait pas un puits dans la cour de la ferme ! Il fallait alors se rendre à la source ou à la fontaine la plus proche avec jarres et brocs...

Deux fois par an il fallait également procéder à la "bugado", cette grosse lessive où l'on traitait tout le linge de la maisonnée accumulé pendant 6 mois au grenier, et qui s'étalait souvent sur trois ou quatre jours. La première étape commençait à "l'oustal" où l'on récupérait draps et pantalons, jupes et chemises, torchons et blouses,... pour les mettre à tremper dans des cuviers...

Faute de savon, on les recouvrait de cendres et on y versait des chaudrons d'eau chaude. Le lendemain, on chargeait les brouettes pour rejoindre lavoir ou berge de rivière. Après être maintes fois battu et rincé, le linge propre était souvent étendu sur les haies ou les prairies pour le séchage...

Carte du Tarn vers 1937




 
 
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