Les 30 Glorieuses

Cette expression a été créée par l'économiste français Jean Fourastié et fait écho aux Trois Glorieuses, journées révolutionnaires des 27, 28 et 29 juillet 1830 qui avaient vu la chute de Charles X et l'instauration de la Monarchie de juillet de Louis-Philippe Ier.

L'expression « Trente Glorieuses » désigne la période de forte croissance économique qu’ont connu entre 1945 et 1974 une grande majorité des pays développés, principalement les membres de l’OCDE...

Les 20 Glorieuses

En ce qui nous concerne, natifs de 50, nous allons nous cantoner aux années de notre enfance et de notre adolescence, à savoir les années 50 (les "fifties") et les années 60 (les "sexties"), qui vont devenir ainsi les "20 Glorieuses" !

De 1946 à 1950, la France paralysée par une économie et des infrastructures obsolètes, ne connaît pas de réelle croissance et les conditions de vie sont très difficiles, en raison du coût élevé de la vie. Le rationnement, toujours présent jusqu'en 47-48 et la crise du logement, accentuent les difficultés d'un peuple encore marqué par la guerre...

Nous ferons terminer ces "20 Glorieuses" en mai 68, expression liée en France aux mouvements de révolte survenus en mai-juin 1968. Ces événements constituent une période et une césure marquantes de l'histoire contemporaine française, caractérisées par une vaste révolte spontanée, de nature à la fois culturelle, sociale et politique dirigée contre la société traditionnelle ou le capitalisme et, plus immédiatement, contre le pouvoir gaulliste en place. Enclenchée par une révolte de la jeunesse étudiante parisienne, puis gagnant le monde ouvrier et pratiquement toutes les catégories de population sur l'ensemble du territoire, elle reste le plus important mouvement social de l'Histoire de France du XXe siècle...

On a souvent parlé à propose de cette époque de "révolution silencieuse" ou "invisible", liée à la croissance de l'économie mondiale et au progrès de la production. Mais cette entrée dans la société de consommation n'effacera pas les inégalités, et elle sera différemment ressentie selon que l'on habite à la campagne, dans une grande ville ou une petite localité de province. Elle sera également plus significative pour ceux qui occupent un emploi à forte rémunération, que pour les ouvriers ou les paysans...

Plusieurs grands photographes (Doisneau, Cartier-Bresson, Almasy,...) ont saisi de nombreuses scènes ou portraits caractéristiques de cette période, et leurs clichés ont depuis effectué le tour du monde. C'est à partir de photos plus modestes et souvent plus familiales que nous allons essayer de retracer la vie quotidienne de ces 20 Glorieuses. Qui ne se rappelle pas de ces tirages en noir et blanc sur papier glacé, aux formats divers et aux bords dentelés qui ont jalonné les petits et grands moments de notre jeunesse ?...

A la campagne

Jusqu’en 1975, l’agriculture opère une révolution silencieuse. La part de la population travaillant dans le secteur primaire est passé de 27,5% en 1950 à 11,4% en 1970. La modernisation de l’agriculture (mécanisation, apparition des engrais chimiques, sélection des plantes et des races d'animaux, etc.) provoque une augmentation des rendements et des changements importants. La concurrence, attisée par la surproduction mondiale, conduit les exploitations les moins rentables à la fermeture.

Les paysans les plus expérimentés se transforment en véritables chefs d’entreprises, et s'endettent pour agrandir et moderniser leurs exploitations. Les autres quittent le monde rural et partent travailler en ville : de 10 millions d'actifs agricoles en 1945 on est passé à 1 million de nos jours !...

Les grands travaux agricoles nécessitent l'entraide familiale et de voisinage. C'est, après avoir coupé le blé en gerbes, le cas des battages ! Ce jour-là, le bruit de la batteuse retentira toute la journée, avant de se rendre dans la ferme voisine. Dès le lever du jour, le moteur est mis en route et les courroies chuintent sur les poulies au milieu d'un impressionnant nuage de poussière. Les gerbes sont lancées sur le tablier, puis avalées par le batteur. Au pied de la machine, les sacs de toile se succèdent pour recueillir les grains alors qu'à l'opposé la tige est recrachée et entassée en pailler, qui constituera le dernier signe visible de cette rude journée...

Dans les régions viticoles, les vendanges mobilisent également un personnel nombreux, et les familles sont réquisitionnées.Dans les petites propriétés, les vendanges sont souvent synonymes de jour de fête. Les coupeurs sont essentiellement des dames ou des jeunes gens, assistés si nécessaire d'une main d'oeuvre saisonnière. Bientôt, tout en restant courbés au-dessus des ceps, les plaisanteries fusent d'une rangée à l'autre ; parfois, en guise d'intronisation, quelque nouveau se fait badigeonner le visage de raisin pressé. Les grappes récoltées sont souvent écrasées par un fouloir mécanique à manivelle placé sur une comporte en bordure de vigne, avant d'être mis en cuve. A cette époque, les vendangeurs étaient loin de penser qu'un jour ils seraient remplacés par une machine ! ...

Dans les plaines languedociennes et provençales, la transhumance traditionnelle vit ses dernières années. En effet, l'augmentation de la circulation sur les routes devient incompatible avec un cortège de milliers de bêtes qui les envahissent, et trains ou camions prendront progressivement le relais pour conduire les animaux vers les pâturages d'altitude. Plusieurs bergers continuent toutefois leur voyage de plusieurs jours sur les drailles séculaires en direction des hautes pelouses des Alpes, des Pyrénées ou du Massif Central au rythme lent des pas du troupeau et de leurs sonailles. Le trajet à effectuer se chiffre souvent en centaines de kilomètres, et la durée en jours, voire en semaines. Une rude aventure, aussi bien pour les hommes que pour les troupeaux...

Le remembrement accentue la disparition des petites propriétés, majoritaires jusqu'à la moitié du XXème siècle. De nombreuses exploitations sont abondonnées car les jeunes, surtout s'ils sont instruits, quittent la campagne. Malgré les efforts de mécanisation et les engrais qui améliorent le rendement, les travaux des champs restent pénibles. Les revenus agricoles sont en baisse : une douzaine d'oeufs coûtant 2,50 F an 1950 ne vaut plus que 0,50 F en 1970. Il en est de même pour les pommes de terre dont le coût est divisé par trois en 20 ans, ou le prix du lait qui reste constant. Le vin dans le Midi se vend mal, tout comme la viande dans le Massif Central ; en Bretagne, la margarine vient concurrencer le beurre...

Il y a moins d'un demi-siècle les pêches artisanales supplantaient encore nettement les pêches industrielles en volumes de production au niveau mondial. C'est entre les années 1950 et 1970 que les captures firent un bond considérable, passant de 15 à 70 millions de tonnes. La pêche au thon est une pratique très ancienne et n'était qu'une pêche d'appoint jusqu'aux années 1950. Les premiers symptômes de surexploitation des mers apparaissent au XIXe siècle avec la quasi disparition des baleines victimes de la surpêche. Dans les années 1970, la morue qui semblait une ressource inépuisable, disparaît à son tour. Depuis les années 1950, l'envolée démographique et économique du XXe siècle a entraîné une croissance des pêcheries qui butte désormais dans de nombreuses régions sur la disparition du poisson...

En ville

Démographie de Paris

Après la Seconde Guerre mondiale, la population parisienne tomba à 2 725 374 habitants (recensement de 1946). Elle connaît une nouvelle reprise (2 850 189 habitants en 1954) grâce à la croissance économique et démographique propre à toute la France. Cependant, dès la fin des années 1950, le phénomène de saturation se manifeste à nouveau. Paris surpeuplée recommença à se vider à partir du centre vers la périphérie. De nombreux programmes immobiliers transforment des appartements en bureaux, contribuant à cette baisse de la population, qui est particulièrement rapide dans les années 1960 et 1970. La population passe de 2 790 091 en 1962 à 2 299 830 en 1975 (2 193 030 en 2007)...

Un besoin urgent de logements

Après la Seconde Guerre mondiale, le temps est à la reconstruction et la priorité n'est pas donnée à l'habitat. Le premier plan quinquennal de Jean Monnet (1947-1952) a avant tout pour objectif la reconstruction des infrastructures de transport et le recouvrement des moyens de production. Par ailleurs, le secteur du bâtiment en France est alors incapable de construire des logements en grande quantité et rapidement : ce sont encore de petites entreprises artisanales aux méthodes de constructions traditionnelles.

Les besoins sont pourtant considérables : sur 14,5 millions de logements, la moitié n'a pas l'eau courante, les 3/4 n'ont pas de WC, 90% pas de salle de bain. On dénombre 350 000 taudis, 3 millions de logements surpeuplés et un déficit constaté de 3 millions d'habitations. Le blocage des loyers depuis 1914, très partiellement atténué par la Loi de 1948, ne favorise pas les investissements privés...

Une politique du logement volontariste

En 1950, Eugène Claudius-Petit, ministre de la reconstruction, lance le concours de la Cité Rotterdam à Strasbourg. Ce programme doit comporter 800 logements, mais le concours, ouvert à un architecte associé à une entreprise de BTP, prend en compte des critères de coût et de rapidité d'exécution. Le projet est gagné par Eugène Beaudouin qui réalise un des premiers grands ensembles d'après guerre en 1953.

En 1953 toujours, Pierre Courant, Ministre de la Reconstruction et du Logement, fait voter une loi qui met en place une série d'interventions facilitant la construction de logements : la priorité est donnée clairement par le ministère aux logements collectifs et à la solution des grands ensembles.

La même année, la création de la contribution obligatoire des entreprises à l'effort de construction (1% de la masse des salaires pour les entreprises de plus de 10 salariés) introduit des ressources supplémentaires pour la réalisation de logements sociaux...

Mais le véritable choc psychologique intervient en 1954 : le terrible hiver et l'action de l'Abbé Pierre engage le gouvernement à lancer une politique de logement volontariste. Un programme de "Logements économiques de première nécessité" (LEPN) est lancé en juillet 1955 : il s'agit de petites cités d'urgence sous la forme de pavillons en bandes. En réalité, ces réalisations précaires s'avèrent catastrophiques et se transforment en taudis insalubres dès l'année suivante. La priorité est donnée alors résolument à l'habitat collectif de grande taille et à la préfabrication en béton, comme seule solution au manque de logements en France.

Les désignation de ces grands ensembles sont à cette époque très diverses : unité de voisinage, unité d'habitation, ville nouvelle, villes satellites, ou encore cités nouvelles, etc... Pendant 20 ans, on estime à 300 000 le nombre de logements construits ainsi par an, alors qu'au début des années 1950, on ne produisait que 10 000 logements chaque année. 6 millions de logements sont ainsi construits au total. 90 % de ces constructions sont aidées par l'État...

Les constructions :

On peut distinguer 3 contextes de construction de ces grands ensembles à la fin des années 1950 et début des années 1960 : de nouveaux quartiers périphériques de villes anciennes ayant pour objectif de reloger des populations installées dans des logements insalubres ou pour accueillir des populations venues des campagnes environnantes (cas les plus fréquents) ; des villes nouvelles liées à l'implantation d'industries nouvelles ou à la politique d'aménagement du territoire ; des opérations de rénovation de quartiers anciens.

Tout est mis en œuvre pour qu'un maximum d'économies soient réalisées sur le chantier : de nombreux procédés de préfabrications sur les chantiers permettent un gain de temps et d'argent. Les formes simples (barres, tours) sont privilégiées le long du chemin de grue (grue posée sur des rails) avec des usines à béton installées à proximité du chantier, toujours dans une recherche de gain de temps. La préfabrication permet de faire appel à une main d'œuvre peu qualifiée, souvent d'origine immigrée. De grands groupes de BTP bénéficient de contrats pour des chantiers de construction gigantesques, favorisés par l'État.

La Cité Radieuse de Marseille

L'unité d'habitation de Marseille, également connue sous le nom de Cité Radieuse, est une résidence édifiée entre 1945 et 1952 par Le Corbusier. Bâtie sous forme de barre sur pilotis (en forme de piètements évasés à l'aspect brutaliste) où a tenté d'appliquer ses principes d'architecture pour une nouvelle forme de cité, un village vertical. Cet ensemble est composé de 360 appartements en duplex séparés par des rues intérieures.

Essentiellement composée de logements, elle comprend également dans ses étages centraux des bureaux et divers services commerciaux (épicerie, boulangerie, café, hôtel / restaurant, librairie spécialisée, etc.). Le toit terrasse de l'unité, libre d'accès au public, est occupé par des équipements publics : une école maternelle, un gymnase, une piste d'athlétisme, une petite piscine et un auditorium en plein air.

L'innovation que représentait cette construction a notamment eu pour conséquence de la voir affublée du surnom "la maison du fada" par certains habitants de Marseille. Aujourd'hui classée monument historique, la cité radieuse est de plus en plus visitée par des touristes et ses logements exercent un nouvel attrait auprès d'une population de cadres et de professions intellectuelles.

Les sans abris

Depuis 1983, en France, le sigle "SDF" remplace la notion de vagabond, ou chemineau (celui qui « fait le chemin »), si présent dans la vie du XIXe siècle. Le mot clochard a tendance à tomber en désuétude à cause de sa connotation péjorative (« la Cloche » désigne parfois l'ensemble des clochards).

Après la Seconde Guerre mondiale, le problème crucial de logement pour les sans-abris issus entre autres de destructions de villes, conduit à l'existence de bidonvilles, dont la résorption sera achevée dans la seconde moitié des années 1970. Ceux-ci réapparaîtront néanmoins dans les années 1990, la crise du logement faisant une nouvelle irruption brutale. Celle-ci poussera certaines populations à revenus modestes, ou bien travaillant dans des secteurs saisonniers, à trouver d'autres formes de logement, telles que le camping (parfois à l'année), ou encore les squatts. Plusieurs associations se sont investies dans la lutte pour le droit au logement, certaines dès les années 1950 (Emmaüs, grève des foyers Sonacotra dans les années 1970.

Les quais de Paris

"Paris-plage" n'existait pas encore, et pourtant les quais parisiens attiraient déjà à cette époque un grand nombre de citadins venus oublier la pression du travail, de la ville ou de la circulation automobile ! Certains viennent s'y promener, à pied ou à vélo, seuls ou en famille, contemplant les monuments environnants ou les mouvements de péniches sur la Seine. D'autres profitent des espaces libres pour prendre le soleil ou pique-niquer, faire de la musique ou danser, boire un verre ou rencontrer des gens, peindre ou bouquiner. Les quais, c'est une atmosphère, une ambiance, et l'impression de sortir de Paris tout en restant au coeur de la capitale...

A la maison, et en famille





A suivre...




 
 
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