Grève 1909 - 1910

(6 décembre 1909 - 2 mai 1910)

Inauguration du «Parcours des grévistes»

Samedi 6 février sera un moment important de commémoration de la grande grève des ouvriers mégissiers avec l'inauguration du « Parcours des grévistes ».

Celui-ci se compose de six lieux historiques qui ont vu l'installation de plaques commémoratives. L'inauguration du parcours prendra la forme d'un concert-promenade avec animation en chansons par Sylviane Blanquart, orgue de Barbarie et chorale.

Chaque lieu a été choisi en raison de son importance dans le déroulement de la grève. Le parcours débutera à 14 heures place Henri-Mérou, ancienne « Maison du peuple ». Jusqu'en 1908 elle était la mairie de Graulhet dont elle a gardé la symbolique Marianne républicaine sur sa façade.

Au premier étage se prennent les grandes décisions : chaque jour, le comité de grève et la commission ouvrière s'y réunissent. C'est également là qu'était préparée la « soupe communiste » qui nourrit gratuitement plus de 3 000 personnes.

La seconde étape aura lieu place Jean-Moulin. Construite en 1864, la Halle aux grains fut démolie en 1981. C'est là que se prenaient les grandes décisions collectives, pratiquement toujours votées à main levée lors des assemblées générales.

Le cortège se rendra ensuite place Elie-Théophile. Pendant toute la durée de la grève, la plupart des négociations ont lieu à la mairie. Le préfet et le sous-préfet y convoquent régulièrement les commissions ouvrière et patronale.

La place du Jourdain, au centre de Graulhet, était, quant à elle, le lieu de partage informel des informations, en particulier à l'occasion du grand marché du jeudi.

Le stade Noël-Pélissou, siège de l'ancienne gare de la ville, ne sera pas en reste. Lieu d'arrivée des dirigeants syndicalistes et politiques qui animent les débats, on y accompagnait parfois à l'aube les groupes d'enfants partant en « exode » dans des familles de villes ouvrières de la région.

On y attendait aussi de pied ferme les peaux et produits de tannage pour empêcher qu'ils n'arrivent aux usines. Le parcours s'achèvera à la Maison des métiers du cuir, une des 75 usines installées le long du Dadou dont elles utilisent l'eau pour le nettoyage des peaux.

Durant cet après-midi c'est non seulement un souvenir des grèves mais aussi une visite du « Graulhet d'autrefois » que proposera la commission extra-municipale.

(Publié dans "La Dépêche du Midi" le 05/02/2010 - J.-C. Clerc)

 
 

 

5 mois de grève... 

147 jours !

Pendant pratiquement 5 mois, entre le 6 décembre 1909 et le 2 mai 1910, les ouvrières et les ouvriers mégissiers de Graulhet - on les appelait les «moutonniers» - se sont mobilisés.

Les femmes, qui étaient payées deux fois moins que les hommes, sont à l’origine de la grève. Elles n’en pouvaient plus : au printemps 1909, suite à une grande grève des délaineurs de Mazamet qui fournissaient la matière première à la mégisserie locale, les ouvriers graulhétois avaient subi une longue période de chômage technique.

En décembre, l’hiver était là, carrément froid, et la longue période de chômage n’avait pas permis de faire des réserves. C’est alors que les femmes se sont réunies, un samedi aprèsmidi, et qu’elles ont voté la grève. À l’époque, elles ne gagnaient que 2 francs, quand les hommes en gagnaient quatre, pour une journée de travail aussi longue, aussi dure.

Lorsque les femmes votèrent la grève, elles furent immédiatement rejointes par l’ensemble des ouvriers de la ville, plus de 1600 personnes au total.

SOLIDARITÉ :

Les commerçants locaux firent crédit.

Les élus tentèrent d’organiser la conciliation entre patrons et ouvriers.

Les cités ouvrières de la région accueillirent les petits Graulhétois en «exode» dans des familles de mineurs de Decazeville ou de Carmaux, de verriers d’Albi ou de délaineurs de Mazamet.

Les syndicats de toute la France envoyèrent régulièrement l’argent indispensable pour acheter la viande, les légumes et le vin nécessaires pour nourrir 3000 personnes dans les «soupes communistes», véritables «restos du coeur» de l’époque.

RÉSULTAT : VICTOIRE OUVRIÈRE ?

Les femmes obtinrent ce qu’elles avaient demandé :

- journée de travail allégée

- augmentation de 12%

Les ouvriers bénéficièrent du samedi après-midi, pendant 6 mois de l’année.

Mais tout le monde était totalement épuisé et les effectifs des syndiqués s’effondrèrent.

De 1152 cotisations en mai 1910 chez les moutonniers, on passa à 282 en mai 1911, un an après la fin de la grève.

A Graulhet, tout le monde semble avoir oublié aujourd’hui cet épisode dont le souvenir fut vite estompé par celui des événements terriblement douloureux de la grande guerre de 1914-1918.

Bien sûr, les acteurs et témoins directs de la grève ont disparu.

100 ans plus tard, l’équipe municipale de Graulhet a décidé de se souvenir de ce formidable moment de solidarité, de retrouver la fierté de la lutte ouvrière en faisant revivre cet épisode essentiel de la vie.

(Extraits du dossier pédagogique réalisé par Claude & Daniel Albouy, Robert Py et Gabriel Rouyre sous l'égide de l'Amicale Laïque de Graulhet)


Le témoignage de Gabriel Rouyre

« Ma mère, Cécile CALVEL, n’avait guère plus de huit ans quand se déclencha la grève en décembre 1909.

Son père, ouvrier mégissier, syndicaliste militant, participa à ce mouvement revendicatif… qui entraîna bientôt sa famille dans la gêne, sinon la misère.

Ma mère me raconta que certains jours, à table, ils étaient obligés de se partager une sardine à l’huile ou même un oeuf dur, car ils n’en avaient pas un pour chacun !



En janvier, quand on comprit que cette grève risquait de durer et que l’hiver était particulièrement rude, un large mouvement de solidarité ouvrière se développa dans la région. Des familles de mineurs carmausins ou décazevillois se proposèrent d’accueillir les enfants des grévistes graulhétois et les ouvriers verriers d’Albi suivirent leur exemple.

C’est ainsi que ma mère, fut recueillie par un couple sans enfants travaillant à la célèbre verrerie ouvrière d’Albi et demeurant tout à côté, chemin de Galinou : Pierre et Germaine DUMAS, originaires du Dauphiné. Ils s’occupèrent de ma mère, comme si elle était leur fille, avec beaucoup d’attention et de générosité… jusqu’à la fin des grèves.

Mes grands-parents leur en furent très reconnaissants et conservèrent des relations amicales avec le couple Dumas.

Ma mère ne les oublia pas non plus… Même après son mariage. Ils s’écrivaient et se rendaient visite au moins une fois par an.

Pour ma part, j’ai toujours entendu parler de «Maman Dumas» et de «Papa Dumas» jusqu’à leur disparition. Et je me souviens bien, tout petit, d’avoir été chez eux.

Lorsque, plus tard, en 1941, j’entrai à l’École Primaire Supérieure (devenue Lycée Rascol), j’allais, à mon tour, rendre visite à ces braves gens qui m’accueillaient comme leur petit-fils malgré la disette de l’époque.

Voilà comment, une grève de misère avait fait naître un magnifique élan de solidarité qui s’était poursuivi par une amitié indéfectible. »

(Extraits de "Graulhétois d'autrefois" - G. Rouyre)


Jean Jaurès et les mégissiers en grève

Graulhet était à la fin du siècle dernier l'un des premiers centres socialistes et syndicalistes du Tarn. A l'issue de sa reconversion dans la mégisserie, la ville abritait 1 800 ouvriers et ouvrières (dont 30 % de femmes et 5 % d'enfants) répartis dans 90 entreprises.

La chambre syndicale, créée en 1881, était puissante et imposait respect au patronat local. Mais l'introduction du machinisme ainsi que les langueurs de l'économie graulhétoise multipliaient les chômages saisonniers tout en aggravant les conditions de travail. Pour faire face à cette situation, les mégissiers revendiquaient assez régulièrement des revalorisations salariales, des réductions d'horaires, une meilleure organisation du travail et une réglementation adéquate de la production.

De 1880 à 1908, dix grèves de forte ampleur s'étaient soldées par une transaction favorable aux ouvriers. Mais de nouveau, alors que le prix des denrées augmentait, un nouveau conflit débuta le 6 décembre 1909. Les grévistes demandaient une nouvelle augmentation de salaire pour les femmes et une réduction de la durée légale du travail à 9 H pour les hommes. Mais les patrons ne l'entendaient pas ainsi, souhaitant même profiter de l'occasion pour briser la puissance syndicale et revenir sur les " acquis " concédés au cours des années précédentes. La grève allait durer 147 jours…

C'est au 37ème jour du conflit que Jaurès se rendit dans la ville ouvrière pour soutenir les ouvriers en lutte. Rencontrant successivement le Maire, le Préfet, le Sous-Préfet, le Comité de grève, il alla ensuite à la rencontre des patrons pour tenter une conciliation comme les grévistes le lui avaient demandé. Cette démarche se soldant par un échec, Jaurès promit d'interpeller le gouvernement très prochainement à la Chambre afin de débloquer la situation en lui demandant d'user de ses pouvoirs pour obliger les patrons, en vertu des lois d'hygiène et de salubrité, d'accorder la demi-heure de pose réclamée pour tout compromis par les ouvriers.

Son discours très précis et très argumenté montra qu'il avait fort bien compris la situation. Se sentant proche de ces mégissiers, il eut pour eux des formules qui devaient résonner ensuite pendant plusieurs années, même si 110 jours après le passage de Jaurès, le conflit se solda par un échec…

(Extrait : les Amis des Musées de Castres - http://www.amis-musees-castres.asso.fr/)

Pour feuilleter le calendrier et suivre le compte-rendu des manifestations : http://megisseries.wordpress.com/



 




 
 
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