Centenaire 14-18   


Publié le 01/01/2014 à 10:14 || La Dépêche du Midi | Pierre Challier

2014, une année pour l'Histoire
 

 
1914-2014… La France commémore cette année le Centenaire du déclenchement de la Grande Guerre. Cent ans après ce conflit suicidaire qui plongea les pays les plus avancés dans un carnage sans précédent, elle aura aussi à cœur de rappeler le devoir de paix des anciens belligérants.
 

 
Dans les champs, les hommes se figent. 1er août 1914, quatre heures de l’après-midi… la cloche du village sonne, ininterrompue. Ce sinistre tocsin de la mobilisation générale. Sanglante moisson qui s’annonce, c’est le glas de leur monde, en fait. La mort industrielle qui convoque une France de paysans, d’artisans, d’ouvriers et leurs maîtres d’école. Mais qui pour le deviner ?
 

 
Hier, à Paris, l’extrême droite a assassiné Jaurès par la main de Raoul Villain et les derniers mots de paix se sont éteints. Après-demain, l’Allemagne déclarera la guerre à leur patrie. Depuis le temps que ça couvait de surenchères diplomatiques en rodomontades militaires… «Il fallait en finir» : l’expression qui revient en boucle dans la bouche de ces 3 580 000 Français appelés à faire leur devoir, et que les trains acheminent vers les casernes tandis que femmes, enfants et vieux finissent de rentrer le blé.
 

 
Il fallait en finir… Aujourd’hui, 1er janvier 2014, chacun sait ce que fut cette fin : un suicide collectif ; une vertigineuse escalade conjointe du progrès et de la barbarie, chaque belligérant étant au surplus convaincu de sauver la civilisation en repoussant les limites de la sauvagerie.
 

 
France, Russie, Royaume-Uni, Belgique, Japon, Portugal, Italie et États-Unis d’un côté, sans oublier les colonies. Allemagne, Autriche-Hongrie, empire Ottoman et Bulgarie de l’autre… 60 millions d’hommes engagés sur tous les fronts et, quatre ans plus tard, quinze millions de morts, dont un 1,5 million de soldats français sur 8,5 mobilisés, sans compter les millions de blessés, de gueules cassées…
 

 
En France, pays qui subit l’essentiel des combats et des destructions, de la Marne au Chemin des Dames en passant par Verdun et la bataille de la Somme, le carnage n’épargna pas une famille. Et la mémoire reste d’autant plus vive aujourd’hui dans notre région, sans doute parce que les pantalons rouges de Cahors, Montauban et Agen furent parmi les premiers massacrés, à Bertrix, le 22 août 1914… Mais au-delà ?
 

 
Si 1914 nous parle toujours en 2014, c’est aussi parce que les poilus de la République ont survécu à la «der des ders» pour voir l’extrême droite finir de dévaster l’Europe et le monde, en se nourrissant des rancœurs du traité de Versailles, du chômage de masse et en séduisant industriels et grands financiers. Car «14» engendra aussi «40» : 60 millions de morts de plus, comme les buts de guerre d’un Hitler glorifiant le racisme étaient bien restés ceux de Ludendorf, en 1918.
 

 
Et en 2014 ? «Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre» rappelait Churchill alors que cette année d’élections européennes verra aussi la célébration du 70e anniversaire de la Libération.
 

 
Salué même par ses opposants, le discours de François Hollande a su s’élever à cette hauteur, le 7 novembre dernier, à l’occasion du lancement du Centenaire de la Première guerre mondiale pour rappeler aussi ce qui lie à travers l’histoire, 1914, 1944 et aujourd’hui. «Ces deux événements arrivent à un moment où la France s’interroge sur elle-même et son avenir», a rappelé le chef de l’État qui entend donc cette année «saisir la force des générations qui nous ont précédés, afin de faire leçon de vie pour les suivantes».
 

 
Mais au-delà, c’est aussi le «plus jamais ça» que la France voudra honorer en cette année historique. Ainsi, 72 pays belligérants de la Grande Guerre seront invités au défilé du 14-Juillet et l’entrée en guerre du 3 août 1914 sera célébrée «dans la gravité» en présence du président allemand Joachim Gauck tandis qu’un hommage sera rendu le 11 novembre à tous les combattants avec l’inauguration du mémorial de Notre-Dame de Lorette. 
 

 
L’occasion pour tous les Français et les Européens de se souvenir que deux guerres et 75 millions de morts jugent les nostalgies nationalistes et les Déroulède d’aujourd’hui...
 



 
Publié le 01/01/2014 à 07:35 | | La Dépêche du Midi | J.-C. S.
 
Un froid de loup en ce jour de l'An 1914
 
A Graulhet, on pose devant la Fontaine prise par la glace /
 
C’est un hiver à pierre fendre. Il faut déblayer la neige des rues qui empêche la circulation des charrettes et des (très rares) automobiles. On a même eu recours au chasse-neige sur les allées Paul-Riquet de Béziers. Les voies ferrées sont dégagées avec force chevaux-vapeur. A Puichéric, près de Carcassonne, la tranchée de la voie ferrée a presque complètement disparu sous la neige en muraille abrupte… Pour percer cette masse, deux locomotives pourvues de chasse-neige donnent toute leur puissance contre la barrière dressée devant elles par l’hiver. Tout autour, dans l’Aude, des congères atteignent 6 mètres.
 
Béziers sous la neige
 
Un hiver glacial ? Les températures sont descendues très bas. En dessous de zéro dans le Midi de la France. Il gèle tant qu’on s’aventure à pied sur une partie du grand bassin du canal du Midi à Castelnaudary - où quelques patineurs emmitouflés esquissent d’étonnantes arabesques. À Toulouse aussi le canal est gelé, de même la Garonne, et les tramways ne circulent plus. Quant aux trains, ils connaissent des retards exceptionnels de cinq à six heures.
 
Toulouse sous la neige
 
Neige à Toulouse
«La Dépêche» s’applique ainsi à rapporter toute l’actualité du froid : «Dans la nuit, vers trois heures, M. Louis Andrau, demeurant rue Bellegarde à Toulouse, passait sur le trottoir du boulevard de Strasbourg, lorsque, arrivé en face les magasins de la’’Compagnie Française’’ il a glissé, est tombé et, dans sa chute, s’est fracturé la jambe droite. Relevé aussitôt, le blessé a été transporté à son domicile par les soins de la police».
 

 
Le froid ? On en a vu d’autres, on en verra d’autres. Alors on se réchauffe chez soi, à la ville comme à la campagne, dans les appartements comme à la ferme, au poêle, au gaz de ville ou encore autour de la cheminée qui fume à grand bois.
L’année 1914 commence ainsi. Par un sujet d’étonnement : la neige ! Puisque l’actualité s’est mise en sommeil, Louis Merlet, journaliste à «La Dépêche» de Toulouse, rallume sa plume pour nous décrire le spectacle :
 

 
«La neige est de rigoureuse actualité. Elle a fait son apparition brusquement, après un jour gris, alors que l’on ne comptait plus sur elle, car le vent avait balayé les nuages…
À la sortie du théâtre, j’eus l’impression square Lafayette d’entrer dans un décor nouveau. Devant mes yeux se silhouettait la place avec les squelettes noirs des arbres, les lignes dures des maisons, les taches blanches des toits sous le vol léger des flocons… On eût dit, tant l’endroit est intime, un tableau préparé pour un conte de fées, un conte d’hiver…
 

 
Nous sommes peu habitués à la neige, dans ce Midi prodigue de lumière et de fleurs !!
Et la neige est là… Elle persiste… Elle tombe par à-coups, de temps en temps, silencieuse et jolie ! Les jardins publics ont un tout autre aspect ; et, çà et là, les statues paraissent drôles.
 
Carcassonne sous la neige
 
Près du musée, Vestrepain, insoucieux, chauffe ses mains sur un ventre douillet, et au milieu de son bassin, Goudouli, narquois, attend que le beau temps revienne. L’ange de la colonne Dupuy va replier tout à fait ses ailes, cependant que les Combattants de 1870, héroïques, conservent leur allure galvanisée. Les grands hommes, poètes et artistes qui figurent au Grand-Rond danseront une sarabande au clair de lune et battront la semelle en souvenir des jours difficiles. Quant aux nymphes peu vêtues, en personnes bien stylées et au courant de la mode, elles acceptent et portent avec grâce la fourrure d’hermine que leur offre la neige.
 
Biarritz sous la neige
 
Et le premier de l’an, souscrivant à la légende et à la tradition, aura son éclatante et mélancolique parure…»
Malgré d’aussi jolis propos, il n’empêche qu’on grelotte dans le Tarn, il fait - 3° à Toulouse, - 8° à Montauban, - 3° à Biarritz où on pousse l’audace jusqu’à prendre un bain sur la Grand Plage, juste en face du Grand Hôtel, il fait aussi - 16° à Saint-Pétersbourg où «l’hiver semble, cette fois-ci, être définitivement arrivé», alors qu’à Séville «on ne se souvient pas d’un tel froid depuis l’hiver de 1885».
 
Albi sous la neige
 
Attention à la Grippe
En feuilletant «La Dépêche» de ce mois de janvier, on s’aperçoit que le froid s’est répandu sur toute l’Europe. Et provoque mille maux. Le journal, dans ses éditions de Montauban, de Tarbes, de Tulle et de Perpignan, signale en effet «de nombreux décès dus à des congestions provoquées par le froid».
 
Le train de Mende bloqué par la neige
 
C’est le moment pour le Docteur Clerc de signer un article scientifique dans nos colonnes, intitulé : «LA GRIPPE, Ses rapports avec la TUBERCULOSE». «La Grippe sévit en ce moment sur toute l’Europe : dans les lieux publics, dans les écoles, les salons et les théâtres, on entend tousser. On doit combattre la Grippe, lorsqu’elle est déclarée, en absorbant une forte dose de Mycolysine et en la répétant quatre ou cinq fois par vingt-quatre heures. L’action de la Mycosyline est rapide et certaine. 
 
Béziers sous la neige
 
Les personnes atteintes ou menacées de Tuberculose, pour lesquelles la Grippe est particulièrement redoutable, suivront la même médication, en l’associant à la Phymalose, d’après les instructions qu’elles peuvent demander à MM. Lebeault et Cie, 5 rue Bourg-l’Abbé, à Paris». On devine que c’est de la réclame camouflée.
 
Narbonne sous la neige
 
D’ailleurs, en dernière page de «La Dépêche» du 1er janvier, sur 6 colonnes, cette publicité :
«Le Thermogène, soulage en une heure et guérit en une nuit toutes les maladies inflammatoires. Il suffit d’appliquer le Thermogène en ayant soin qu’il adhère bien à la peau. La boîte : 1 fr 50.»
 
Graulhet sous la neige
 
Calendrier des Postes 1914
 
Lavaur sous la neige
 
Auch sous la neige
 
Marseille sous la neige
 
Hyères sous la neige
 

Afficher la suite de cette page



 
 
Créé avec Créer un site
Créer un site gratuitement